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LETTRES PERSANES.
pleurs et tes cris. Je crus te voir prendre une seconde nais-sance , et sortir d’une servitude où tu devais toujours obéir,pour entrer dans une servitude où tu devais commander. Jepris soin de ton éducation. La sévérité, toujours insépara-ble des instructions, te fit longtemps ignorer que tu m’é-tais cher. Tu me l’étais pourtant ; et je te dirai que je t’ai-mais comme un père aime son fils, si ces noms de père et defils pouvaient convenir à notre destinée.
Tu vas parcourir les pays habités par les chrétiens, quin’ont jamais cru. Il est impossible que tu n’y contractes biendes souillures. Comment le prophète pourrait-il te regarderau milieu de tant de millions de ses ennemis? Je voudraisque mon maître fit à son retour le pèlerinage de la Mecque :vous vous purifieriez tous dans la terre des anges.
Du sérail d’Ispahan, le 10 de la lune de Gemmadi 2 , 1711.
XVI. USBEK AU MOLLAH MËHÉMET ALI,
GARDIEN DES TROIS TOMBEAUX '.
A Com.
Pourquoi vis-tu dans les tombeaux, divin mollah ? Tu esbien plus fait pour le séjour des étoiles. Tu te caches sansdoute de peur d’obscurcir le soleil : tu n’as point de tachescomme cet astre ; mais, comme lui, tu te couvres de nuages.
Ta science est un abîme plus profond que l’Océan ; ton espritest plus perçant que Zufagar, cette épée d’Hali, qui avait deuxpointes ; tu sais ce qui se passe dans les neuf chœurs des puis-sances célestes ; tu lis l’Alcoran sur la poitrine de notre divinprophète ; et, lorsque tu trouves quelque passage obscur, unange, par son ordre, déploie ses ailes rapides, et descend dutrône pour t’en révéler le secret.
1 La ville de Corn renferme les tombeaux des rois de Perse. Parmices tombeaux, ceux de Fatime et de deux autres personnages de sa fa-mille sont l’objet d'une vénération particulière. (P.)