LETTRES PERSANES.
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Je pourrais par ton moyen avoir avec les séraphins une in-time correspondance : car enfin, treizième iman, n’es-tu pasle centre où le ciel et la terre aboutissent, et le point de com-munication entre l’abîme et l’empirée ?
Je suis au milieu d’un peuple profane : permets que je mepurifie avec toi ; souffre que je tourne mon visage vers les lieuxsacrés que tu habites ; distingue-moi des méchants, commeon distingue, au lever de l’aurore, le filet blanc d’avec le filetnoir; aide-moi de tes conseils; prends soin de mon âme, eni-vre-la de l’esprit des prophètes ; nourris-la de la science duparadis, et permets que je mette ses plaies à tes pieds. Adressetes lettres sacrées à Erzeron, où je resterai quelques mois.
D’Erzeron,le II de la lune de Gemmadi 2 , 1711.
XVII. USBEK AU MÊME.
Je ne puis, divin mollah, calmer mon impatience : je nesaurais attendre ta sublime réponse. J’ai des doutes , il fautles fixer : je sens que ma raison s’égare ; ramène-la dans ledroit cliemiu; viens m’éclairer, source de lumière; foudroieavec ta plume divine les difficultés que je vais te proposer;fais-moi pitié de moi-même, et rougir de la question que je vaisfaire.
D’où vient que notre législateur nous prive de la chair depourceau 1 , et de toutes les viandes qu’il appelle immondes ?D’où vient qu’il nous défend de toucher un corps mort, etque, pour purifier notre âme, il nous ordonne de nous laversans cesse le corps ? Il me semble que les choses ne sont enelles-mêmes ni pures ni impures : je ne puis concevoir aucunequalité inhérente au sujet qui puisse les rendre telles. La
1 On trouve la raison politique de celte défense dans la vie de Mahomel,parM. de Boulainviiiiers; la voici : « I.e cochon doit être très-rare enArabie, où il n’y a presque point de bois, et presque rien de propre à lanourriture de ces animaux : d’ailleurs la salure des eaux et des alimentsrend le peuple très-susceptible des maladies de la peau. » Voyez l 'Es-prit des Lois, liv. XXIV, ch. xxv.) (P.)
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