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LETTRES PERSANES-
boue ne nous paraît sale que parce qu’elle blesse notre vie,ou quelque autre de nos sens; mais, en elle-même, elle nel’est pas plus quel’oretles diamants. L’idée de souillure, con-tractée par l’attouchement d’un cadavre, ne nous est venueque d’une certaine répugnance naturelle que nous en avons.Si les corps de ceux qui ne se lavent point ne blessaient ni l’o-dorat ni la vue, comment aurait-on pu s’imaginer qu’ils fus-sent impurs?
Les sens, divin mollah, doivent donc être les seuls jugesde la pureté ou de l’impureté des choses. Mais, comme les ob-jets n’affectent point les hommes de la même manière ; quece qui donne une sensation agréable aux uns en produit unedégoûtante chez les autres, il suit que le témoignage des sensne peut servir ici de règle, à moins qu’on ne dise que chacunpeut à sa fantaisie décider ce point, et distinguer, pour cequi le concerne, les choses pures d’avec celles qui ne le sontpas.
Mais cela même, sacré mollah, ne renverserait-il pas lesdistinctions établies par notre divin prophète, et les pointsfondamentaux de la loi qui a été écrite de la main des anges?
D’Erzeron, le 20 de la lune de Gemmadi 4 , 1711.
XVIII. MÉHÉMET ALI, SERVITEUR DES PRO-PHÈTES, A USBEK.
Vous nous faites toujours des questions qu’on a faites millefois à notre saint prophète. Que ne lisez-vous les traditionsdes docteurs? que n’allez-vous à cette source pure de touteintelligence? vous trouveriez tous vos doutes résolus.
Malheureux, qui, toujours embarrassés des choses de laterre, n’avez jamais regardé d’un œil fixe celles du ciel, et quirévérez la condition des mollahs sans oser ni l’embrasser nila suivre!
Profanes, qui n’entrez jamais dans les secrets de T Éternel,vos lumières ressemblent aux ténèbres de l’abîme, et les rai-