LETTRES PERSANES.
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idée du grand Hali, qui était le plus beau de tous les hommes ;j’ai trouvé qu’ils n’en avaient jamais ouï parler.
Ils ne ressemblent point à ces infidèles que nos saints pro-phètes faisaient passer au fil de l’épée, parce qu’ils refusaientde croire aux miracles du ciel ; ils sont plutôt comme ces mal-heureux qui vivaient dans les ténèbres de l’idolâtrie avant que ladivine lumière vînt éclairer le visage de notre grand prophète.
D’ailleurs, si on examine de près leur religion, on y trou-vera comme une semence de nos dogmes. J’ai souvent admiréles secrets de la Providence, qui semble les avoir voulu pré-parer par là à la conversion générale. J’ai ouï parler d’unlivre de leurs docteurs, intitulé la Polygamie triomphante,dans lequel il est prouvé que la polygamie est ordonnée auxchrétiens. Leur baptême est l’image de nos ablutions légales ;et les chrétiens n’errent que dans l’efficacité qu’ils donnent àcette première ablution, qu’ils croient devoir suffire pourtoutes les autres. Leurs prêtres et les moines prient commenous sept fois le jour. Ils espèrent de jouir d’un paradis oùils goûteront mille délices par le moyen de la résurrectiondes corps. Ils ont, comme nous, des jeûnes marqués, desmortifications avec lesquelles ils espèrent fléchir la miséri-corde divine. Ils rendent un culte aux bons anges, et se mé-fient des mauvais. Ils ont une sainte crédulité pour les mira-cles que Dieu opère par le ministère de ses serviteurs. Usreconnaissent, comme nous, l’insuffisance de leurs mérites ,et le besoin qu’ils ont d’un intercesseur auprès de Dieu. Je voispartout le mahométisme, quoique je n’y trouve point Maho-met. On a beau faire, la vérité s’échappe, et perce toujours lesténèbres qui l’environnent. Il viendra un jour où l’Éternelne verra sur la terre que de vrais croyants. Le temps, quiconsume tout, détruira les erreurs mêmes. Tous les hommesseront étonnés de se voir sous le même étendard : tout, jus-qu’à la loi, sera consommé ; les divins exemplaires seront en-levés de la terre, et portés dans les célestes archives.
A Paris, le 20 de In lune (le Zilhagc, 1713.
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