LETTRES PERSANES.
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en l’air : mais que serait-ce si leur fureur était animée parla présence d’un ennemi ?
Ceux dont je te viens de parler disputent en langue vul-gaire ; et il faut les distinguer d’une autre sorte de disputeursqui se servent d’une langue barbare qui semble ajouter quelquechose à la fureur et à l’opiniâtreté des combattants. Il y ades quartiers où l’on voit comme une mêlée noire et épaissede ces sortes de gens ; ils se nourrissent de distinctions, ilsvivent de raisonnements obscurs et de fausses conséquences.Ce métier, où l’on devrait mourir de faim, ne laisse pas derendre. On a vu une nation entière chassée de son pays, tra-verser les mers pour s’établir en France , n’emportant avecelle, pour parer aux nécessités de la vie, qu’un redoutabletalent pour la dispute. Adieu.
A Paris , le dernier de la lune de Zilhagé, 17 13.
XXXVII. RICA A IBBEN.
A Smyrne.
Le roi de France est vieux '. Nous n’avons point d’exempledans nos histoires d’un monarque qui ait si longtemps régné.On dit qu’il possède à un très-haut degré le talent de se faireobéir : il gouverne avec le même génie sa famille, sa cour,son État. On lui a souvent entendu dire que, de tous les gou-vernements du monde, celui des Turcs, ou celui de notreauguste sultan, lui plairait le mieux : tant il fait de cas de lapolitique orientale.
J’ai étudié son caractère, et j’y ai trouvé des contradic-tions qu’il m’est impossible de résoudre : par exemple, il aun ministre qui n’a que dix-huit ans 2 , et une maîtresse quien a quatre-vingts 3 ; il aime sa religion, et il ne peut souffrir
1 Louis XIV, né en 1638, était alors dans sa 75° annnée. (P.)
1 On croit que Montesquieu a voulu désigner ici Louis-François le Tel-lier, marquis de Barbezieux, troisième iils de Louvois. Il mourut en 1701,à l’àge de trente-trois ans. (P.) -
3 Madame de Mointenou. (P.)