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LETTRES PERSANES.
de se soumettre aux puissances, n’est pas bien difficile à sui-vre , puisqu’il leur est impossible de ne le pas observer ;d’autant que ce n’est pas au plus vertueux qu’on les oblige dese soumettre, mais à celui qui est le plus fort.
Les Anglais disent qu’un de leurs rois qui avait vaincuet pris prisonnier un prince qui s’était révolté et lui disputaitla couronne, ayant voulu Lui reprocher son infidélité et saperfidie : Il n’y a qu’un moment, dit le prince infortuné,qu’il vient d’être décidé lequel de nous deux est Le traître.
Un usurpateur déclare rebelles tous ceux qui n’ont pointopprimé la patrie comme lui- : et, croyant qu’il n’y a pas deloi là où il ne voit point déjugés, il fait révérer comme desarrêts du ciel les caprices du hasard et de la fortune.
A Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2,1717.
CVI. RHÉDI A USBEK.
A Paris. *
Tu m’as beaucoup parlé, dans une de tes lettres, des scienceset des arts cultivés en Occident. Tu me vas regarder commeun barbare; mais je ne sais si Futilité que l’on en retire dé-dommage les hommes du mauvais usage que l’on en fait tousles jours.
J’ai ouï dire que la seule invention des bombes avait ôtéla liberté à tous les peuples d’Europe. Les princes ne pouvantplus confier la garde des places aux bourgeois, qui, à la pre-mière bombe, se seraient rendus, ont eu un prétexte pourentretenir de gros corps de troupes réglées, avec lesquelles ilsont dans la suite opprimé leurs sujets.
Tu sais que depuis l’invention de la poudre il n’y a plusde places imprenables ; c’est-à-dire, Usbeck, qu’il n’y a plusd’asile sur la terre contre l’injustice et la violence.
•Te tremble toujours qu’on ne parvienne à la fin à découvrirquelque secret qui fournisse une voie plus abrégée pour fairepérir les hommes, détruire les peuples et les nations entières-