LETTRES PERSANES.
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Tu as lu les historiens ; fais-y bien attention : presque tou-tes les monarchies n’ont été fondées que sur l’ignorance desarts, et n’ont été détruites que parce qu’on les a trop cultivés.L’ancien empire de Perse peut nous en fournir un exempledomestique.
Il n’y a pas longtemps que je suis en Europe ; mais j’ai ouïparler à des gens sensés des ravages de la chimie. Il sembleque ce soit un quatrième fléau qui ruine les hommes et lesdétruit en détail, mais continuellement; tandis que la guerre,la peste, la famine, les détruisent en gros, mais par intervalles.
Que nous a servi l’invention de la boussole et la découvertede tant de peuples, qu’à nous communiquer leurs maladiesplutôt que leurs richesses ? L’or et l’argent avaient été établispar une convention générale pour être le prix de toutes lesmarchandises et un gage de leur valeur, par la raison que cesmétaux étaient rares, et inutiles à tout autre usage : que nousimportait-il donc qu’ils devinssent plus communs, et que,pour marquer la valeur d’une denrée, nous eussions deux outrois signes au lieu d’un ? Gela n’en était que plus incommode.
Mais, d’un autre côté, cette invention a été bien pernicieuseaux pays qui ont été découverts. Les nations entières ont étédétruites; et les hommes qui ont échappé à la mort ont étéréduits à une servitude si rude, que le récit en a fait frémirles musulmans.
Heureuse l’ignorance des enfants de Mahomet ! Aimablesimplicité si chérie de notre saint prophète, vous me rappeleztoujours la naïveté des anciens temps , et la tranquillité quirégnait dans le cœur de nos premiers pères.
A Paris, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717.
CVII. USBEK A RHÉDI.
A Venise.
Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien tu fais mieuxque tu ne penses. Tu as quitté ta patrie pour t’instruire, et