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LETTRES PERSANES.
deux fois en leur vie : chose pourtant très-facile à faire chez lesprinces européens. Mais c’est qu’il n’y a personne qui aitquelque emploi à la cour, dans Paris ou dans les provinces,qui n’ait une femme par les mains de laquelle passent toutesles grâces et quelquefois les injustices qu’il peut faire. Cesfemmes ont toutes des relations les unes avec les autres, etforment une espèce de république dont les membres toujoursactifs se secourent et se servent mutuellement : c’est commeun nouvel État dans l’État ; et celui qui est à la cour, à Pa-ris , dans les provinces, qui voit agir des ministres, desmagistrats, des prélats, s’il ne connaît les femmes qui les gou-vernent, est comme un homme qui voit bien une machinequi joue, mais qui n’en connaît point les ressorts.
Crois-tu, Ibben, qu’une femme s’avise d’être la maîtressed’un ministre pour coucher avec lui? Quelle idée! c’estpour lui présenter cinq ou six placets tous les matins ; etla bonté de leur naturel paraît dans l’empressement qu’ellesont de faire du bien à une infinité de gens malheureux quileur procurent cent mille livres de rente.
On se plaint en Perse de ce que le royaume est gouvernépar deux ou trois femmes : c’est bien pis en France , où lesfemmes en général gouvernent, et prennent non-seulementen gros , mais même se partagent en détail, toute l’autorité.
A Paris, le dernier de la lune de Clialval, 1717.
CIX. USBEIC A ***.
Il y a une espèce de livres que nous ne connaissons pointen Perse, et qui me paraissent ici fort à la mode : ce sont lesjournaux. La paresse se sent flattée en les lisant ; on est ravide pouvoir parcourir trente volumes en un quart d’heure.
Dans la plupart des livres, l’auteur n’a pas fait les compli-ments ordinaires, que les lecteurs sont aux abois : il les faitentrer à demi morts dans une matière noyée au milieud’une iner de paroles. Celui-ci veut s’immortaliser par un