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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

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in-douze ; celui-là , par un in-quarto; un autre, qui a de plusbelles inclinations, vise à l’in-folio ; il faut donc qu’il étendeson sujet à proportion ; ce qu’il fait sans pitié, comptant pourrien la peine du pauvre lecteur, qui se tue à réduire ce queFauteur a pris tant de peine à amplifier.

Je ne sais , ***, quel mérite il y a à faire de pareils ouvra-ges : j’en ferais bien autant si je voulais ruiner ma santé etun libraire.

Le grand tort qu’ont les journalistes, c’est qu’ils ne par-lent que des livres nouveaux : comme si la vérité était jamaisnouvelle ! Il me semble que, jusqu’à ce qu’un homme ait lutous les livres anciens, il n’a aucune raison de leur préférerles nouveaux.

Mais lorsqu’ils s’imposent la loi de ne parler que des ou-vrages encore tout chauds de la forge, ils s’en imposentune.autre, qui est d’être très-ennuyeux. Ils n’ont garde decritiquer les livres dont ils font les extraits , quelque raisonqu’ils en aient; et, en effet, quel est l’homme assez hardipour vouloir se faire dix ou douze ennemis tous les mois ?

La plupart des auteurs ressemblent aux poètes, qui souffri-ront une volée de coups de bâton sans se plaindre, mais qui,peu jaloux de leurs épaules, le sont si fort de leurs ouvrages ,qu’ils ne sauraient soutenir la moindre critique. Il faut doncbien se donner de garde de les attaquer par un endroit sisensible ; et les journalistes le savent bien. Ils font donc toutle contraire ; ils commencent par louer la matière qui est trai-tée : première fadeur ; de là ils passent aux louanges de l’au-teur : louanges forcées ; car ils ont affaire à des gens qui sontencore en haleine, tout prêts à se faire faire raison, et à fou-droyer à coups de plume un téméraire journaliste.

A Paris, le 5 de la lune de Zilcadé, 1718.