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LETTRES PERSANES.
CX. RICA A ***.
L’université de Paris est la fille aînée des rois de France, ettrès-aînée, car elle a plus de neuf cents ans 1 : aussi rêve-t-elle quelquefois.
On m’a conté qu’elle eut, il y a quelque temps, un granddémêlé avec quelques docteurs à l’occasion de la lettre Q 2 ,qu’elie voulait que l’on prononçât comme un K. La dispute s’é-chauffa si fort, que quelques-uns furent dépouillés de leursbiens : il fallut que le parlement terminât le différend ; et ilaccorda permission, par un arrêt solennel, à tous les sujets duroi de France de prononcer cette lettre à leur fantaisie. Ilfaisait beau voir les deux corps de l’Europe les plus respecta-bles occupés à décider du sort d’une lettre de l’alphabet!
Il semble, mon cher ***, que les têtes des plus grandshommes s’étrécissent lorsqu’elles sont assemblées, et que làoù il y a plus de sages, il y ait aussi moins de sagesse. Lesgrands corps s’attachent toujours si fort aux minuties, auxformalités, aux vains usages, que l’essentiel ne va jamaisqu’après. J'ai ouï dire qu’un roi d’Aragon 3 ayant assembléles états d’Aragon et de Catalogne, les premières séancess'employèrent à décider en quelle langue les délibérations se-raient conçues : la dispute était vive, et les états se seraientrompus mille fois , si l’on n’avait imaginé un expédient, quiétait que la demande serait faite en langage catalan, et la ré-ponse en aragonais.
A Paris, le 25 de la lune de Zilhagé, J7I8.
CXI. RICA. A ***.
Le rôle d’une jolie femme est beaucoup plus grave que.l’on ne pense. Il n’y a rien de plus sérieux que ce qui se passe
' Elle fut fondée par Charlemagne, dans son propre palais. (P.)
2 II veut parler de la querelle de Ramus.
3 C’élait en 1610 . — Philippe IV. (P.)