LETTRES PERSANES.
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chacun est porté à augmenter une famille si soumise dans cettevie, et si nécessaire dans l’autre.
D’un autre côté, les pays des mahométans deviennent tousles jours déserts, à cause d’une opinion qui, toute saintequ’elle est, ne laisse pas d’avoir des effets très-pernicieux lors-qu’elle est enracinée dans les esprits. Nous nous regardonscomme des voyageurs qui ne doivent penser qu’à une autrepatrie ; les travaux utiles et durables, les soins pour assurer lafortune de nos enfants, les projets qui tendent au delà d’unevie courte et passagère, nous paraissent quelque chose d’ex-travagant. Tranquilles pour le présent, sans inquiétude pourl’avenir, nous ne prenons la peine ni de réparer les édifices pu-blics , ni de défricher les terres incultes, ni de cultiver cellesqui sont en état de recevoir nos soins . nous vivons dans uneinsensibilité générale, et nous laissons tout faire à la Provi-dence.
C’est un esprit de vanité qui a établi chez les Européensl’injuste droit d’aînesse, si défavorable à la propagation en cequ’il porte l’attention d’un père sur un seul de ses enfants, etdétourne ses yeux de tous les autres; en ce qu’il l’oblige, pourrendre solide la fortune d’un seul, de s’opposer à l’établisse-ment de plusieurs ; enfin en ce qu’il détruit l’égalité des ci-toyens , qui en fait toute l’opulence.
A Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718 .
CXXI. USBEK AU MÊME.
Les pays habités par les sauvages sont ordinairement peupeuplés, par l’éloignement qu’ils ont presque tous pourle tra-vail et la culture de la terre. Cette malheureuse aversion estsi forte que, lorsqu’ils font quelque imprécation contre quel-qu’un de leurs ennemis, ils ne lui souhaitent autre chose qued’être réduit à labourer un champ, croyant qu’il n’y a quela chasse et la pèche qui soient un exercice noble et digned’eux.