Buch 
Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
Entstehung
Seite
437
JPEG-Download
 

LETTRES PERSANES.

437

emportés en gros par les fréquentes maladies populaires quela misère et la mauvaise nourriture produisent toujours ;ceux qui en échappent atteignent l’âge viril sans en avoir laforce, et languissent tout le reste de leur vie.

Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamaisheureusement si elles ne sont bien cultivées ; chez les peuplesmisérables l’espèce perd, et même quelquefois dégénère.

La France peut fournir un grand exemple de tout ceci.Dans les guerres passées, la crainte où étaient tous les enfantsde famille qu’on ne les enrôlât dans la milice les obligeaitde se marier, et cela dans un âge trop tendre , et dans le seinde la pauvreté. De tant de mariages il naissait bien des en-fants que l’on cherche encore en France, et que la misère, la _famine et les maladies en ont fait disparaître.

Que si sous un ciel aussi heureux, dans un royaume aussipolicé que la France, on fait de pareilles remarques, que se-ra-ce dans les autres États ?

A Paris, le 23 de la lune de Rhamazan ,1718.

CXXIV. USBEK AU MOLLAH MÉHÉMET ALI,

GARDIEN DES TROIS TOMBEAUX.

A Com.

Que nous servent les jeûnes des immaums et les cilices desmollahs ? La main de Dieu s’est deux fois appesantie sur lesenfants de laloi. Le soleil s’obscurcit, et semble n’éclairer plusque leurs défaites : leurs armées s’assemblent, et elles sontdissipées comme la poussière.

L’empire desOsmanlins est ébranléparles deux plus grandséchecs qu’il ait jamais reçus. Unmoufti chrétien ne le soutientqu’avec peine : le grand vizir d’Allemagne 1 est le fléau deDieu, envoyé pour châtier les sectateurs d’Omar; il porte

1 Le prince Eugène, qui battit les Turcs à Peterwaradin. (P.)

37.