LETTRES PERSANES.
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de large, et un bosquet barlong de dix arpents : il auraitfort souhaité que les règles de la perspective eussent ététellement observées, que les allées des avenues eussent parupartout de même largeur ; et il aurait donné pour cela uneméthode infaillible. Il parut fort satisfait d’un cadran qu’il yavait démêlé, d’une structure fort-singulière; et il s’échauffafort contre un savant qui était auprès de moi, qui malheu-reusement lui demanda si ce cadran marquait les heures ba-byloniennes. Un nouvelliste parla du bombardement du châ-teau de Fontarabie ; et il nous donna soudain les propriétésde la ligne que les bombes avaient décrites en l’air ; et, charméde savoir cela, il voulut en ignorer entièrement le succès. Unhomme se plaignait d’avoir été ruiné l’hiver d’auparavantparune inondation. Ce que vous me dites là m’est fort agréable,dit alors le géomètre : je vois que je ne me suis pas trompédans l’observation que j’ai faite, et qu’il est au moins tombésur la terre deux pouces d’eau plus que l’année passée.
Un moment après il sortit, et nous le suivîmes. Comme ilallait assez vite, et qu’il négligeait de regarder devant lui, ilfut rencontré directement par un autre homme : ils se cho-quèrent rudement ; et de ce coup ils rejaillirent, chacun deson côté, en raison réciproque de leur vitesse et de leursmasses. Quand ils furent un peu revenus de leur étourdisse-ment , cet homme, portant la main sur le front, dit au géo-mètre : Je suis bien aise que vous m’ayez heurté, car j’aiune grande nouvelle à vous apprendre : je viens de donnermon Horace au public. Comment! dit le géomètre, il y adeux mille ans qu’il y est. Vous ne m’entendez pas, repritl’autre : c’est une traduction de cet ancien auteur que je viensde mettre au jour; il y a vingt ans que je m’occupe à fairedes traductions.
Quoi ! monsieur, dit le géomètre, il y a vingt ans que vous nepensez pas ! Vous parlez pour les autres, et ils pensent pourvous. Monsieur, dit le savant, croyez-vous que je n’aie pasrendu un grand service au public, de lui rendre la lecture des
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