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LETTRES PERSANES.
bons auteurs familière ? Je ne dis pas tout à fait cela : j’estimeautant qu’un autre les sublimes génies que vous travestissez;mais vous ne leur ressemblerez point; car, si vous traduiseztoujours, on ne vous traduira jamais.
Les traductions sont comme ces monnaies de cuivre quiont bien la même valeur qu’une pièce d’or, et même sontd’un plus grand usage pour le peuple ; mais elles sont toujoursfaibles et d’un mauvais aloi.
Vous voulez, dites-vous, faire renaître parmi nous cesillustres morts : et j’avoue que vous leur donnez bien uncorps ; mais vous ne leur rendez pas la vie : il y manque tou-jours un esprit pour les animer.
Que ne vous appliquez-vous plutôt à la recherche de tantde belles vérités qu’un calcul facile nous fait découvrir tousles jours? Après ce petit conseil, ils se séparèrent, je crois,très-mécontents l’un de l’autre.
A Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2 , 1719.
CXXX. RICA A***.
Je te parlerai dans cette lettre d’une certaine nation qu’onappelle les nouvellistes, qui s’assemblent dans un jardin ma-gnifique , où leur oisiveté est toujours occupée. Ils sont très-inutiles à l’État, et leurs discours de cinquante ansn’ont pasun effet différent de celui qu’aurait pu produire un silenceaussi long : cependant ils se croient considérables, parcequ’ils s’entretiennent de projets magnifiques, et traitent degrands intérêts.
La base de leurs conversations est une curiosité frivole etridicule : il n’y a point de cabinet si mystérieux qu’ils neprétendent pénétrer ; ils ne sauraient consentir à ignorer quel-que chose; ils savent combien notre auguste sultan a defemmes, combien il fait d’enfants toutes les années ; et quoi-qu’ils ne fassent aucune dépense en espions, ils sont instruits