Buch 
Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
Entstehung
Seite
456
JPEG-Download
 

456

LETTRES PERSANES.

des esprits au cerveau qui l’échauffent de même, d’où naissentles extases et les ravissements. Cet état est le délire de la dé-votion ; souvent il se perfectionne, ou plutôt dégénère en quié-tisme : vous savez qu’un quiétiste n’est autre chose qu’unhomme fou, dévot et libertin.

Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets de lanuit, qui forment dans leur imagination tous les monstresque le démon d’amour peut produire , les rassemblent, lescomparent, et en font l’objet éternel de leurs pensées : heu-reux si leur cœur ne se met pas de la partie, et ne devientpas lui-même complice de tant d’égarements si naïvementdécrits et si nûment peints !

Vous voyez, monsieur, que je pense librement, et que jevous dis tout ce que je pense. Je suis naturellement naïf ; etplus encore avec vous, qui êtes un étranger, qui voulez savoirles choses, et les savoir telles qu’elles sont. Si je voulais, jene vous parlerais de tout ceci qu’avec admiration ; je vous di-rais sans cesse : Cela est divin! cela est respectable! il y a dumerveilleux! Et il en arriverait de deux choses l’une, ou que jevous tromperais, ou que je me déshonorerais dans votre es-prit.

Nous en restâmes là ; une affaire qui survint au dervis rom-pit notre conversation jusqu’au lendemain.

De Paris, le 23 de la lune deRhamazan, 17ID.

CXXXV. RICA AU MÊME.

Je revins à l’heure marquée, et mon homme ne mena pré-cisément dans l’endroit où nous nous étions quittés. Voici,me dit-il, les grammairiens, les glossateurs, et les commen-tateurs. Mon père, lui dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ilspas se dispenser d’avoir du bon sens? Oui, dit-il, ils le peu-vent; et même il n’y paraît pas ; leurs ouvrages n’en sont pasplus mauvais : ce qui est très-commode pour eux. Cela est