LETTRES PERSANES.
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vrai, lui dis-je ; et je connais bien des philosophes qui feraientbien de s’appliquer à ces sortes de sciences-là.
Voilà, poursuivit-il, les orateurs , qui ont le talent de per-suader indépendamment des raisons; et les géomètres, quiobligent un homme malgré lui d’être persuadé, et le convain-quent avec tyrannie.
Voici les livres de métaphysique, qui traitent de si grandsintérêts, et dans lesquels l’infini se rencontre partout ; les li-vres de physique, qui ne trouvent pas plus de merveilleuxdans l’économie du vaste univers que dans la machine la plussimple de nos artisans ; les livres de médecine, ces monu-ments de la fragilité de la nature et de la puissance de l’art,qui font trembler quand ils traitent des maladies même lesplus légères, tant ils nous rendent la mort présente, mais quinous mettent dans une sécurité entière quand ils parlent dela vertu des remèdes, comme si nous étions devenus immor-tels.
Tout près de là sont les livres d’anatomie, qui contiennentbien moins la description des parties du corps humain queles noms barbares qu’on leur a donnés : chose qui ne guéritni le malade de son mal, ni le médecin de son ignorance.
Voici la chimie, qui habite tantôt l’hôpital et tantôt les pe-tites-maisons , comme des demeures qui lui sont égalementpropres.
Voici les livres des sciences, ou plutôt d’ignorance occulte ;tels sont ceux qui contiennent quelque espèce de diablerie :exécrables selon la plupart des gens , pitoyables selon moi.Tels sont encore les livres d’astrologie judiciaire. Que dites-vous, mon père? Les livres d’astrologie judiciaire, repartis-jeavec feu! et ce sont ceux dont nous faisons le plus de cas enPerse : ils règlent toutes les actions de notre vie, et nous dé-terminent dans toutes nos entreprises ; les astrologues sontproprement nos directeurs ; ils font plus, ils entrent dans legouvernement de l’État. Si cela est, me dit-il, vous vivezsous un joug bien plus dur que celui de la raison : voilà ce