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LETTRES PERSANES.
qui s’appelle le plus étrange de tous les empires; je plainsbien une famille, et encore plus une nation, qui se laisse sifort dominer par les planètes. Nous nous servons, lui repar-tis-je, de l’astrologie, comme vous vous servez de l’algèbre.Chaque nation a sa science, selon laquelle elle règle sa politi-que. Tous les astrologues ensemble n’ont jamais fait tant desottises en notre Perse qu’un seul de vos algébristes en a faitici. Croyez-vous que le concours fortuit des astres ne soit pasune règle aussi sure que les beaux raisonnements de votrefaiseur de systèmes 1 ? Si l’on comptait les voix là-dessus enFrance et en Perse, ce serait un beau sujet de triomphe pourl’astrologie ; vous verriez les mathématiciens bien humiliés.Quel accablant corollaire en pourrait-on tirer contre eux !
Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous quitter.
De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1019.
CXXXVI. RICA AU MÊME.
Dans l’entrevue suivante, mon savant me mena dans un cabi-net particulier. Voici les livres d’histoire moderne, me dit-il.Voyez premièrement les historiens de l’Église et des papes,livres que je lis pour m’édifier, et qui font souvent en moi uneffet tout contraire.
Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence du formi-dable empire romain, qui s’était formé du débris de tant demonarchies, et sur la chute duquel il s’en forma aussi tantde nouvelles. Un nombre infini de peuples barbares, aussiinconnus que les pays qu’ils habitaient, parurent tout à coup ,l’inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent, et fondèrent tous lesroyaumes que vousvoyez à présent en Europe. Ces peuples n’é-taient point proprementbarbares, puisqu’ils étaient libres; maisils le sont devenus depuis que, soumis pour la plupart à unepuissance absolue, ils ont perdu cette douce liberté si con-forme à la raison , à l’humanité, et à la nature.
1 Law. (P.)