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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES. * 459

Vous voyez ici les historiens de l’Allemagne, laquelle n’estqu’une ombre du premier empire, mais qui est, je crois , laseule puissance qui soit sur la terre que la division n’a pointaffaiblie; la seule, je crois encore, qui se fortifie à mesurede ses pertes, et qui, lente à profiter des succès , devient in-domptable par ses défaites.

Voici les historiens de France, où l’on voit d’abord la puis-sance des rois se former, mourir deux fois, renaître de môme,languir ensuite pendant plusieurs siècles ; mais, prenant in-sensiblement des forces, accrue de toutes parts, monter à sondernier période : semblable à ces fleuves qui dans leur courseperdent leurs eaux, ou se cachent sous terre ; puis, reparais-sant de nouveau, grossis par les rivières qui s’y jettent, en-traînent avec rapidité tout ce qui s’oppose à leur passage.

Là, vous voyez la nation espagnole sortir de quelques mon-tagnes ; les princes mahomélans subjugués aussi insensible-ment qu’ils avaient rapidement conquis ; tant de royaumesréunis dans une vaste monarchie, qui devint presque la seule,jusqu’à ce qu’accablée de sa fausse opulence, elle perdit saforce et sa réputation même, et ne conserva que l’orgueil desa première puissance.

Ce sont ici les historiens d’Angleterre, où l’on voit la li-berté sortir sans cesse des feux de la discorde et delà sédition ;le prince toujours chancelant sur un trône inébranlable ; unenation impatiente, sage dans sa fureur même, et qui, maî-tresse de la mer ( chose inouïe jusqu’alors ), mêle le com-merce avec l’empire.

Tout près de là, sont les historiens de cette autre reine dela mer, la république de Hollande, si respectée en Europeet si formidable en Asie, où ses négociants voient tant de roisprosternés devant eux.

Les historiens d’Italie vous représentent une nation autre-fois maîtresse du monde, aujourd’hui esclave de toutes lesautres ; ses princes divisés et faibles , et sans autre attribut desouveraineté qu’une vaine politique.