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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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LETTRES PERSANES.

Voilà les historiens des républiques de la Suisse, qui estl’image de la liberté ; de Venise, qui n’a de ressources qu’ensou économie ; et de Gênes, qui n’est superbe que par ses bâ-timents.

Voici ceux du Nord, et entre autres de la Pologne, qui usesi mal de sa liberté et du droit qu’elle a d’élire ses rois, qu’ilsemble qu’elle veuille consoler par là les peuples ses voisins,qui ont perdu l’un et l’autre.

Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu’au lendemain.

De Paris, !e 2 de ia lune de Chalvaï, 1719.

CXXXVII. RICA AU MÊME.

Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. Ce sontici les poètes , me dit-il ; c’est-à-dire ces auteurs dont le mé-tier est de mettre des entraves au bon sens, et d’accabler laraison sous les agréments comme on ensevelissait autrefoisles femmes sous leurs parures et leurs ornements I . Vous lesconnaissez ; ils ne sont pas rares chez les Orientaux, oùle soleil, plus ardent, semble échauffer les imaginationsmêmes.

Voilà les poèmes épiques. Eh! qu’est-ce que les poèmesépiques ? En vérité, me dit-il, je n’en sais rien ; les connais-seurs disent qu’on n’en a jamais fait que deux, et que les au-tres qu’on donne sous ce nom ne le sont point : c’est aussi

1 Pascal, dans ses Pensées , parle de la poésie à peu près commeMontesquieu, et n’y voit que des mots vides de sens; comme fatal lan~rier, bel astre, etc., qu’on appelle des beautés poétiques. Voltaire enconclut seulement que Pascal parlait de ce qu’il ne connaissait pas, etc’est, je crois, la seule fois qu’il ait eu raison contre Pascal. Il fut bienplus en colère contre Montesquieu, qui pourtant avait excepté nommé-ment les poètes dramatiques du mépris qu’il témoignait pour tous lesautres. Cela ne suffisait pas, comme de raison, pour apaiser l’auteur dela Henriade; et, quand on lui reprochait les traits qu’il lançait contreMontesquieu , il se contentait de répondre : « Il est coupable de lèse-« poésie ; » et l’on avouera que c’était un crime que Voltaire ne pouvaitguère pardonner. (I.. H.)