LETTRES PERSANES.
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trouverez pas bon qu’une magicienne fasse sortir une arméede dessous terre, qu’un héros, lui seul, en détruise une decent mille hommes. Cependant voilà nos romans : ces aven-tures froides et souvent répétées nous fout languir, et ces pro-diges extravagants nous révoltent.
De Paris, le 6 de la lune (le Chalval, 171D«
CXXXVIII. RICA A IBB EX.
A Smyrne.
Les ministres se succèdent et se détruisent ici comme lessaisons ; depuis trois ans j’ai vu changer quatre fois de systèmesur les finances. On lève aujourd’hui, en Perse et en Turquie,les subsides de la même manière que les fondateurs de cesmonarchies les levaient : il s’en faut bien qu’il en soit ici demême. Il est vrai que nous n’y mettons pas tant d’esprit queles Occidentaux. Nous croyons qu’il n’y a pas plus de diffé-rence entre l’administration des revenus du prince et de ceuxd’un particulier qu’il y en a entre compter cent mille tomansou en compter cent ; mais il y a ici bien plus de finesse et demystère. Il faut que de grands génies travaillent nuit et jour ;qu’ils enfantent sans cesse, et avec douleur, de nouveaux pro-jets ; qu’ils écoutent les avis d’une infinité de gens qui travail-lent pour eux sans en être priés ; qu’ils se retirent et viventdans le fond d’un cabinet impénétrable aux grands et sacréaux petits ; qu’ils aient toujours la tête remplie de secrets im-portants , de desseins miraculeux, de systèmes nouveaux : etqu'absorbés dans les méditations ils soient privés non-seule-ment de l’usage de la parole, mais même quelquefois de lapolitesse.
Dès que le feu roi eut fermé les yeux, on pensa à établir unenouvelle administration. On sentait qu’on était mal, mais onne savait comment faire pour être mieux. On s’était mal trouvéde l’autorité sans bornes des ministres précédents : on la vou-