LETTRES PERSANES.
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lut partager. On créa, pour cet effet, six ou sept conseils ; etce ministère est peut-être celui de tous qui a gouverné la Franceavec plus de sens : la durée en fut courte, aussi bien quecelle du bien qu’il produisit.
La France, à la mort du feu roi, était un corps accablé demille maux : N*** ? prit le fer à la main, retrancha les chairsinutiles, et appliqua quelques remèdes topiques; mais il restaittoujours un vice intérieur à guérir. Un étranger 1 2 est venu, quia entrepris cette cure. Après bien des remèdes violents, il acru lui avoir rendu son embonpoint, et il Fa seulement renduebouffie.
Tous ceux qui étaient riches il y a six mois sont à présentdans la pauvreté, et ceux qui n’avaient pas de pain regorgentde richesses. Jamais ces deux extrémités ne se sont touchéesde si près. L’étranger a tourné l’État comme un fripier tourneun habit : il fait paraître dessus ce qui était dessous ; et ce quiétait dessus, il le met à l’envers. Quelles fortunes inespérées,incroyables même à ceux qui les ont faites ! Dieu ne tire pasplus rapidement les hommes du néant. Que de valets servispar leurs camarades, et peut-être demain par leurs maîtres!
Tout ceci produit souvent des choses bizarres. Les laquaisqui avaient fait fortune sous le règne passé vantent aujour-d’hui leur naissance : ils rendent, à ceux qui viennent de quit-ter leur livrée dans une certaine rue, tout le mépris qu’on avaitpour eux il y a six mois ; ils crient de toute leur force : « Lanoblesse est ruinée ! Quel désordre dans l’État ! quelle confu-sion dans les rangs ! On ne voit que des inconnus faire fortune ! »Je te promets que ceux-ci prendront bien leur revanche surceux qui viendront après eux, et que, dans trente ans, cesgens de qualité feront bien du bruit.
A Paris, le I er de la lune de Zilcadé, 1720.
1 Le duc de Noailles. (P.)
2 Law était Écossais. (P.)