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LETTRES PERSANES.CXXXIX. RICA AU MÊME.
Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non-seulement dans une femme, mais dans une reine. La reinede Suède 1 , voulant à toute force associer le prince son épouxà la couronne, pour aplanir toutes les difficultés, a envoyéaux états une déclaration par laquelle elle se désiste de larégence, en cas qu’il soit élu.
Il y a soixante et quelques années qu’une autre reine, nom-mée Christine, abdiqua la couronne pour se donner toutentière à la philosophie. Je ne sais lequel de ces deux exem-ples nous devons admirer davantage.
Quoique j’approuve assez que chacun se tienne ferme dansle poste où la nature l’a mis, et que je ne puisse louer la fai-blesse de ceux qui, se trouvant au-dessous de leur état, lequittent comme par une espèce de désertion, je suis, cepen-dant frappé de la grandeur d’âme de ces deux princesses, etde voir l’esprit de l’une et le cœur de l’autre supérieurs à leurfortune. Christine a songé à connaître dans le temps que lesautres ne songent qu’à jouir; et l’autre ne veut jouir que pourmettre tout son bonheur entre les mains de son auguste époux.
De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720.
CXL. RICA A USBEK.
A ***.
Le parlement de Paris vient d’être relégué dans une petiteville qu’on appelle Pontoise 2 . Le conseil lui a envoyé enregis-trer ou approuver une déclaration qui le déshonore ; et il l’aenregistrée d’une manière qui déshonore le conseil.
On menace d’un pareil traitement quelques parlements duroyaume.
1 Ulrique-Éléonore, sœur de Charles XII. (P.)
2 La cause de son exil fut la résistance qu’il opposa aux mesures dé-sastreuses de Law. (P.)