LETTRES PERSANES.
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Ces compagnies sont toujours odieuses; elles n’approchentdes rois que pour leur dire de tristes vérités ; et pendant qu’unefoule de courtisans leur représentent sans cesse un peupleheureux sous leur gouvernement, elles viennent démentir laflatterie, et apporter au pied du trône les gémissements et leslarmes dont elles sont dépositaires.
C’est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que celui de lavérité, lorsqu’il faut la porter jusqu’aux princes! Ils doiventbien penser que ceux qui le font y sont contraints, et qu’ilsne se résoudraient jamais à faire des démarches si tristes etsi affligeantes pour ceux qui les font, s’ils n’y étaient forcéspar leur devoir, leur respect, et même leur amour.
De Paris, le 21 rie la lune de Gemmadi 1 , 1720.
CXI.I. RICA AU MÊME.
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J’irai te voir sur la fin de la semaine. Que les jours coule-ront agréablement avec toi!
Je fus présenté, il y a quelques jours, à une dame de lacour, qui avait quelque envie de voir ma figure étrangère. Jela trouvai belle, digne des regards de notre monarque, et d’unrang auguste dans le lieu sacré où son cœur repose.
Elle me fit mille questions sur les mœurs des Persans, etsur la manière de vivre des Persanes. Il me parut que la viedu sérail n’était pas de son goût, et qu’elle trouvait de la ré-pugnance à voir un homme partagé entre dix ou douze fem-mes. Elle ne put voir sans envie le bonheur de l’un, et sanspitié la condition des autres. Comme elle aime la lecture,surtout celle des poètes et des romans, elle souhaita que jelui parlasse des nôtres. Ce que je lui en dis redoubla sa curio-sité : elle me pria de lui faire traduire un fragment de quel-ques-uns de ceux que j’ai apportés. Je le fis ; et je lui envoyai,quelques jours après, un conte persan, Peut-être seras-tubien aise de le voir travesti.