LETTRES PERSANES.
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douze femmes extrêmement belles, qu'il traitait d’une manièretrès-dure ; il ne se fiait plus à ses eunuques ni aux murs de sonsérail ; il les tenait presque toujours sous la clef, enfermées dansleur chambre, sans qu’elles pussent se voir ni se parler; caril était même jaloux d’une amitié innocente : toutes ses ac-tions prenaient la teinture de sa brutalité naturelle ; jamais unedouce parole ne sortit de sa bouche, et jamais ilne fit un moindresigne qui n’ajoutât quelque chose àla rigueur de leur esclavage.
Un jour qu’il les avait toutes assemblées dans une salle deson sérail, une d’entre elles, plus hardie que les autres, lui re-procha son mauvais naturel. Quand on cherche si fort lesmoyens de se faire craindre, lui dit-elle, on trouve toujours au-paravant ceux de se faire haïr. Nous sommes si malheureuses,que nous ne pouvons nous empêcher de d ésirer un changement :d’autres, à ma place, souhaiteraient votre mort; je ne sou-haite que la mienne ; et, ne pouvant espérer d’être séparée devous que par là, il me sera encore bien doux d’en être sépa-rée. Ce discours, qui aurait dû le toucher, le fit entrer dansune furieuse colère ; il tira son poignard, et le lui plongea dansle sein. Mes chères compagnes, dit-elle d’une voix mourante,si le ciel a pitié de ma vertu, vous serez vengées. A ces mots,elle quitta cette vie infortunée pour aller dans le séjour desdélices, où les femmes qui ont bien vécu jouissent d’un bon-heur qui se renouvelle toujours.
D’abord elle vit une prairie riante, dont la verdure était re-levée par les peintures des (leurs les plus vives : un ruisseau,dont lçs eaux étaient plus pures que le cristal, y faisait unnombre infini de détours. Elle entra ensuite dans des boca-ges charmants, dont le silence n’était interrompu que par ledoux chant des oiseaux. De magnifiques jardins se présentè-rent ensuite ; la nature les avait ornés avec sa simplicité ettoute sa magnificence. Elle trouva enfin un palais superbe pré-paré pour elle, et rempli d’hommes célestes destinés à sesplaisirs.
Deux d’entre eux se présentèrent aussitôt pour la déshabil-