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LETTRES PERSANES.
1er ; d’autres la mirent dans le bain, et la parfumèrent des plusdélicieuses essences ; on lui donna ensuite des habits infini-ment plus riches que les siens; après quoi on la mena dansune grande salle, où elle trouva un feu fait avec des bois odo-riférants , et une table couverte des mets les plus exquis.Tout semblait concourir au ravissement de ses sens : elle en-tendait d’un côté une musique d’autant plus divine qu’elleétait plus tendre; de l’autre, elle ne voyait que des danses deces hommes divins, uniquement occupés à lui plaire. Cepen-dant tant de plaisirs ne devaient servir qu’à la conduire in-sensiblement à des plaisirs plus grands. On la mena dans sachambre; et, après l’avoir encore une fois déshabillée, on laporta dans un lit superbe, où deux hommes d’une beautécharmante la reçurent dans leurs bras. C’est pour lors qu’ellefut enivrée, et que ses ravissements passèrent même ses dé-sirs. Je suis toute hors de moi, leur disait-elle : je croiraismourir, si je n’étais sûre de mon immortalité. C’en est trop,laissez-moi; je succombe sous la violence des plaisirs. Oui,vous rendez un peu le calme à mes sens ; je commence à res-pirer, et à revenir à moi-même. D’où vient que l’on a ôté lesflambeaux? Que ne puis-je à présent considérer votre beautédivine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi voir? Vous mefaites rentrer dans mes premiers transports. O dieux ! que cesténèbres sont aimables ! Quoi ! je serai immortelle, et immor-telle avec vous! je serai... Non, je vous demande grâce, carje vois bien que vous êtes gens à n’en demander jamais.
Après plusieurs commandements réitérés, elle fut obéie :mais elle ne le fut que lorsqu’elle voulut l’être bien sérieuse-ment. Elle se reposa languissamment, et s’endormit dansleurs bras. Deux moments de sommeil réparèrent sa lassitude :elle reçut deux baisers qui l’enflammèrent soudain, et lui firentouvrir les yeux. Je suis inquiète, dit-elle ; je crains que vousne m’aimiez plus. C’était un doute dans lequel elle ne voulaitpas rester longtemps : aussi eut-elle avec eux tous les éclair-cissements qu’elle pouvait désirer. Je suis désabusée, s’écria-