LETTRES PERSANES.
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t-elle; pardon! pardon ! je suis sûre de vous. Vousne méditésrien, mais vous prouvez mieux que tout ce que vous mepourriez dire : oui, oui, je vous le confesse, on n’a jamaistant aimé. Mais quoi! vous vous disputez tous deux l’Honneurde me persuader! Ah! si vous vous disputez, si vous joignezl’ambition au plaisir de ma défaite, je suis perdue ; vous sereztous deux vainqueurs, il n’y aura que moi de vaincue ; maisje vous vendrai bien cher la victoire.
Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. Ses fidèles etaimables domestiques entrèrent dans sa chambre, et firentlever ces deux jeunes hommes, que deux vieillards ramenèrentdans les lieux où ils étaient gardés pour ses plaisirs. Elle seleva ensuite, et parut d’abord à cette cour idolâtre dans lescharmes d’un déshabillé simple, et ensuite couverte des plussomptueux ornements. Cette nuit l’avait embellie ; elle avaitdonné de la vie à son teinj, et de l’expression à ses grâces.Ce ne fut pendant tout le jour que danses, que concerts, quefestins, que jeux, que promenades; et l’on remarquait qu’A-naïs se dérobait de temps en temps, et volait vers ses deuxjeunes héros. Après quelques précieux instants d’entrevue,elle revenait vers la troupe qu’elle avait quittée, toujours avecun visage plus serein. Enfin, sur le soir, on la perdit tout àfait : elle alla s’enfermer dans le sérail, où elle voulait, di-sait-elle, faire connaissance avec ces'captifs immortels quidevaient à jamais vivre avec elle. Elle visita donc les appar-tements de ces lieux les plus reculés et les plus charmants,où elle compta cinquante esclaves d’une beauté miraculeuse ;elle erra toute la nuit de chambre en chambre, recevantpartout des hommages toujours différents et toujours lesmêmes.
Voilà comment l’immortelle Anaïs passait sa vie, tantôt,dans des plaisirs éclatants, tantôt dans des plaisirs solitaires ;admirée d’une troupe brillante, ou bien aimée d’un amantéperdu : souvent elle quittait un palais enchanté pour allerdans une grotte champêtre; les fleurs semblaient naître sous
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