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Grandeur et décadence des Romains : politique des Romains; dialogue de Sylla et d'Eucrate; Lysimaque et Pensées; lettres persanes et temple de Gnide / par Montesquieu
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AKSACE ET ISMÉNIE.

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* Le lendemain je reçus ce billet :

« Je comprends bien votre amour, et n’exige point que vous me« le sacrifiiez. Mais êtes-vous sûr que cette Ardasire vous aime en-« core? Peut-être refusez-vous pour une ingrate le cœur d’une prin-« cesse qui vous adore. »

« Je fis cette réponse :

« Ardasire m’aime à un tel point que je ne saurais demander aux« dieux qu’iis augmentent son amour. Hélas 1 peut-être qu’elle m’a« trop aimé. Je me souviens d’une lettre qu’elle m’écrivit quelque« temps après que je l’eus quittée. Si vous aviez vu les e> pressions«terribles et tendres de sa douleur, vous en auriez été touchée. Je« crains que, pendant que je suis retenu dans ces lieux , le désespoir« de m’avoir perdu, et son dégoût pour la vie, ne lui fassent prendre« une résolution qui me meLtrait au tombeau. »

« Elle me fit cette réponse :

« Soyez heureux, Arsace, et donnez tout votre amour à la beauté«, qui vous aime : pour moi, je ne veux que votre amitié. »

« Le lendemain je fus reconduit dans son appartement. Là, je sentistout ce qui peut porter à la volupté. On avait répandu dans la cham-bre les parfums les plus agréables. Elle était sur un lit qui n’étaitfermé que par des guirlandes de fleurs : elle y paraissait languissam-ment couchée. Elle me tendit la main, et me fit asseoir auprès d’elle.Tout, jusqu’au voile qui lui couvrait le visage, avait de la grâce. Jevoyais la forme de son beau corps. Une simple toile qui se mouvaitsur elle me faisait tour à tour perdre et trouver des beautés ravissan-tes. Elle remarqua que mes yeux étaient occupés ; et quand elle lesvit s’enflammer, la toile sembla s’ouvrir d’elle-même : je vis tous lestrésors d’une beauté divine. Dans ce moment elle me serra la main ;mes yeux errèrent partout.

« Il n’y a, m’écriai-je, que ma chère Ardasire qui soit aussi belle ;« mais j’atteste les dieux que ma fidélité... » Elle se jeta à mon cou,et me serra dans ses bras.* Tout d’un coup la chambre s’obscurcit,son voile s’ouvrit; elle me donna un baiser. Je fus tout hors de moi.Une flamme subite coula dans mes veines, et échauffa tous mes sens.L’idée d’Ardasire s’éloigna de moi. Un reste de souvenir... mais il.ne me paraissait qu’un songe... J’allais... j’allais la préférer à elje-