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Tome II.
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MONUMENTS DES XVI e ET XVII e SIECLES.

C’est donc sur le fond même de la terre que se détachele lacis d’ornements colorés qui forme la principaledécoration de ces vases. Mais c’est ici qu’apparaît ladifférence le plus profondément tranchée qui distinguecette fabrication de toutes celles qu’on essaierait envain de lui comparer. Ces ornements, d’une finesse etd’une netteté merveilleuses, au lieu d’être tracés aupinceau, comme on serait tenté de le supposer d’aprèstout ce qu’on connaît d’approchant, sont incontes-tablement imprimés, soit superficiellement, par l’opé-ration du décalcage, procédé si fréquemment employéde nos jours, soit par inscrustation, à 1 aide de ma-trices et de roulettes en relief, comme l’ont concluquelques bons observateurs qui ont eu l’occasion desoumettre à un examen approfondi des parties frag-mentées des produits de cette fabrication. Enfin,dernière particularité distinctive, tandis que les po-teries de Palissy et de ses imitateurs ne se composentque de reliefs richement colorés, sans mélange deplate peinture, tandis que les pièces de vaisselle ita-lienne ne comportent guère, au contraire, que dessurfaces peintes sans mélange de parties en relief, lesvases dont nous cherchons l’origine présentent laréunion des deux systèmes ; et des ornements de hautrelief, tels que des moulures, des consoles, des

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carons, et même de petites figures entières s’y ma-rient agréablement aux fonds empreints d’élégantsarabesques. De telle sorte qu’en voyant ces délicieusescompositions, traitées avec un fini si exquis dans toutesleurs parties, on ne peut s’empêcher de les compareraux pièces d’orfèvrerie de la même époque, repoussees,ciselées, et niellées.

Tels sont, autant qu’il nous a été possible de lessaisir et de les exprimer, les caractères différentiels deces singulières productions, qui ne procédaient, al’époque qui les vit créer, d’aucun type connu; dontles procédés de fabrication, tellement enveloppésd’obscurités qu’ils se laissent à peine comprendrea ujourd’hui, ne paraissent avoir été surpris ni conti-nues par aucun imitateur, et qui, véritable pheno-niène dans leur genre, ont légué à nos recherches unproblème à peu près insoluble dans l’histoire des artscéramiques. Aussi le prix de ces délicates et fragilesmerveilles, qui ne peut que s’accroître encore en raisonde leur rareté et de leur intérêt, a-t-il atteint déjà untaux extrêmement élevé; et, pour n’en citer qu’unexemple, l’aiguière qui nous a fourni l’occasion de cettediscussion a été vendue 2 , 3 oo francs à la vente ducabinet de son dernier propriétaire, M. de Monville.

11 n’est pas hors de propos de consigner ici que lacollection si exquisement choisie de M. Sauvageotrenferme cinq pièces de ce genre, toutes d’une admi-rable conservation, savoir : une coupe garnie de soncouvercle, une grande salière, en forme de socle trian-gulaire , accoté de trois petits génies portant des écus-sons aux armes de France ; deux salières plus petitese n pendant, évidées à jour et supportées intérieure-ment par trois petites figures, et enfin un de ces vasesa goulot latéral que nous avons qualifiés de biberons.

Le magnifique couteau à manche d’ivoire finementsculpté qui forme, avec sa gaine, le complément denotre Planche, n’a pas d’autres droits à retenir le titrePompeux de couteau de Diane de Poitiers dont on l’adécoré q ue l’excellence même de l’exécution de saciselure. Nous avons plus d’une fois entendu répéter àM. E.-H. Langlois que c’était lui qui avait ainsi bap-Dse ce gracieux ustensile, qui ne porte d'ailleursaucun emblème particulier à la célèbre duchesse de

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Valentinois; à moins qu’on ne veuille prétendre quel’arc et la flèche aux mains du guerrier qui forme lemanche sont une allusion au nom de Diane, et unereproduction des emblèmes si connus de Henri II .Nous ignorons dans quelles mains est passé ce couteau,dont M. Dibdin avait déjà publié, dans son Voyagebibliographique, une excellente gravure, d’après undessin que lui avait communiqué M. Willemin.

PLANCHE 290.

PORTRAIT DE BERNARD DE PALISSY ET FAC-SIMILEDE SA SIGNATURE. — ÉCRITOIREDU MÊME AUTEUR.

PLANCHE 291.

XVI e SIÈCLE : PLAT ET BORDURES EN FAÏENCEDE BERNARD DE PALISSY .

PLANCHE 292.

SAUCIÈRE ET SALIÈRE EN FAÏENCE DE BERNARDDE PALISSY ( XVI e SIÈCLE).

PLANCHE 293.

MEUBLES DU XVI e SIÈCLE, DESSINÉS EN BRETAGNE .

— ÉCRITOIRE EN FAÏENCE .

le y a peu d’années encore, en commençant un ar-ticle sur les poteries de Bernard Palissy , nous nousserions cru obligé d’apprendre au lecteur ce qu’étaitcet homme, et quels droits il avait à la célébrité, car,excepté quelques érudits, qui connaissait Bernard Pa-lissy et ses travaux scientifiques? A part un très petitnombre de curieux, qui aurait su reconnaître et ca-ractériser quelqu’une de ses oeuvres d’art? Mais depuisqu’un louable retour vers nos antiquités nationales,depuis qu’une passion peut-être h la vérité plus vivequ’éclairée et durable pour tous les objets d’art etd’industrie du moyen âge, ont succédé à la longueproscription dans laquelle on enveloppa trop long-temps tous ces monuments de notre histoire, le nomdu modeste potier d’Agen a été promu à une illustra-tion aussi méritée que tardive, et sa vaisselle de terregrossière a tout à coup acquis parmi les amateurs lavaleur de vases en métal précieux. En même temps lesnotices pleines d’intérêt de MM. Schoelcher, Miel etDélécluse sont venues révéler à la foule les particula-rités si attachantes de la vie de cet admirable artiste,et apprendre par quelles vicissitudes de labeurs opi-niâtres, d’essais infructueux, de découragements amerset d’efforts désespérés, il avait passé pour arriver à sadécouverte de l’application des émaux sur la terrecuite. Nous n’avons donc point à nous occuper icide la biographie de Bernard Palissy , qu’il n’est pluspermis à aucun ami des arts d’ignorer, mais bien deses travaux céramiques.

Pour faire apprécier à sa véritable valeur la décou-verte de Palissy , il est nécessaire de constater quel étaitl’état des arts céramiques en France à l’époque oùnotre artiste commençait et poursuivait ses recherches,c’est-à-dire de i54o a i55o à peu près. C’est mainte-nant , dans nos usages domestiques, une chose telle-