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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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DE CATHERINE VADE.

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« pêcher de dire quon manque de police pour les vivants et pour« les morts. »

Guillaume parla longtemps sur ce ton. II avait de grandes vuespour le bien public, et il mourut en parlant; ce qui est une preuveévidente de génie.

Dès quil fut passé, je résolus de lui faire des obsèques magnifiques,dignes du grand nom quil avait acquis dans le monde. Je couruschez les plus fameux libraires de Paris; je leur proposai dacheter lesoeuvres posthumes de mon cousin Guillaume; jy joignis même quel-ques belles dissertations de son frère Antoine, et quelques morceauxde son cousin issu de germain Jérôme Carré. Jobtins trois louis dorcomptant, somme que jamais Guillaume navait possédée dans au-cun temps de sa vie. Je fis imprimer des billets denterrement; jepriai tous les beaux esprits de Paris dhonorer de leur présence leservice que je commandai pour le repos de lâme de Guillaume ; au-cun ne vint. Je ne pus assister au convoi, et Guillaume fut inhumésans que personne en sût rien. Cest ainsi quil avait vécu ; car en-core quil eût enrichi la foire de plusieurs opéras-comiques qui firentladmiration de tout Paris, on jouissait des fruits de son génie, eton négligeait lauteur. Cest ainsi ( comme dit le divin Platon ') quonsuce lorange, et quon jette lécorce; quon cueille les fruits de lar-bre, et quon labat ensuite. Jai toujours été frappée de celte in-gratitude.

Quelque temps après le décès de Guillaume Vadé, nous perdîmesnotre bon parent et ami Jérôme Carré, si connu en son temps par lacomédie de VÉcossaise , quil disait avoir traduite pour lavancementde la littérature honnête. Je crois quil est de mon devoir dinstruirele public de la détresse se trouvait Jérôme dans les derniers joursde sa vie. Voici comme il sen ouvrit en ma présence à frère Giroflée,son confesseur :

« Vous savez, dit-il, quà mon baptême on me donna pour pa-« trons saint Jérôme, saint Thomas, et saint Raimond de Pennaforl,« et que, quand jeus le bonheur de recevoir la confirmation, on ajouta à mes trois patrons saint Ignace de Loyola, saint François-« Xavier, saint François de Borgia, et saint Régis, tous jésuites ; de« sorte que je mappelle Jérôme-Thomas-Raimond-Ignace-Xavier-« François-Régis Carré. Jai cru longtemps quavec tant de noms je

i le divin Platon est ici pour le roi de Prusse, auquel Voltaire, danssa Correspondance, attribue ce mot.

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