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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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CE QUI PLAIT AUX DAMES.

Peut-on jouir du cœur ou de lesprit? »

Ainsi parlant, le bon Robert se jette,

Froid comme glace, au bord de sa couchette ;

Et, pour cacher son cruel déplaisir,

Il feint quil dort, mais il ne peut dormir.

La vieille alors lui dit dune voix tendre,

En le pinçant : Ah ! Robert, dormez-vous ?Charmant ingrat, cher et cruel époux,

.Te suis rendue, hâtez-vous de vous rendre ;

De ma pudeur les timides accentsSont subjugués par la voix de mes sens.

Régnez sur eux ainsi que sur mon âme ;

Je meurs, je meurs ! Ciel ! à quoi réduis-tuMon naturel qui combat ma vertu ?

Je me dissous, je brûle, je me pâme !

Ah ! le plaisir menivre malgré moi ;

Je nen puis plus! faut-il mourir sans toi!

Va , je le mets dessus ta conscience. »

Robert avait un fonds de complaisance,

Et de candeur, et de religion ;

De son épouse il eut compassion.

« Hélas! dit-il, jaurais voulu, madame,

Par mon ardeur égaler votre flamme ;

Mais que pourrai-je ? » « Allez, vous pourrez toutReprit la vieille ; il nest rien à votre âgeDont un grand cœur enfin ne vienne à bout,

Avec des soins, de lart, et du courage.

Songez combien les dames de la courCélébreront ce prodige damour.

Je vous parais peut-être dégoûtante,

Un peu ridée, et même un peu puante ;

Cela nest rien pour des héros bien nés :

Fermez les yeux, et bouchez-vous le nez. »

Le chevalier, amoureux de la gloire,

Voulut enfin tenter cette victoire :