l’éducation d’un prince.
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Mes chers amis, c’était la fée Urgèle,
Qui dans son temps protégea nos guerriers,Et fit du bien aux pauvres chevaliers.
O l’heureux temps que celui de ces fables,Des bons démons, des esprits familiers,
Des farfadets, aux mortels secourables !
On écoutait tous ces faits admirablesDans son château, près d’un large foyer.
Le père et l’oncle, et la mère et la fille,
Et les voisins, et toute la famille,
Ouvraient l’oreille à monsieur l’aumônier,Qui leur fesait des contes de sorcier.
On a banni les démons et les fées;
Sous la raison les grâces étoufféesLivrent nos cœurs à l’insipidité ;
Le raisonner tristement s’accrédite ;
On court, hélas ! après la vérité
Ali ! croyez-moi, l’erreur a son mérite.
L’EDUCATION D’UN PRINCE.
Puisque le dieu du jour, en ses douze voyages,Habite tristement sa maison du Verseau,
Que les monts sont encore assiégés des orages,
Et que nos prés riants sont engloutis sous l’eau,
Je veux au coin du feu vous faire un nouveau conte :Nos loisirs sont plus doux par nos amusements.
Je suis vieux, je l’avoue, et je n’ai point de honteDe goûter avec vous le plaisir des enfants.
Dans Bénévent jadis régnait un jeune princePlongé dans la mollesse, ivre de son pouvoir,
Élevé comme un sot, et, sans en rien savoir,Méprisé des voisins, haï dans sa province.
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