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l’éducation d’un PlîINCE.
Deux fripons gouvernaient cet État assez mince ;Ils avaient abruti l’esprit de monseigneur,
Aidés dans ce projet par son vieux confesseur :Tous trois se relayaient. On lui fesait accroireQu’il avait des talents, des vertus, de la gloire ;Qu’un duc de Bénévent, dès qu’ils était majeur,Etait du monde entier l’amour et la terreur ;
Qu’il pouvait conquérir l’Italie et la France;
Que son trésor ducal regorgeait de finance ;
Qu’il avait plus d’argent que n’en eut SalomonSur son terrain pierreux du torrent de Cédron.Alamon (c’est le nom de ce prince imbécile)Avalait cet encens, et, lourdement tranquille,Éntouré de bouffons et d’insipides jeux,
Quand il avait dîné croyait son peuple heureux.
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Il restait à la cour un brave militaire,
Émon vieux serviteur du feu prince son père,
Qui, n'étant point payé, lui parlait librement,
Et prédisait malheur à son gouvernement.
Les ministres jaloux , qui bientôt le craignirent,De ce pauvre honnête homme aisément se défirentÉmon fut exilé ; le maître n’en sut rien.
Le vieillard, confiné dans une métairie,
Cultivait sagement ses amis et son bien ,
Et pleurait à la fois son maître et sa patrie.Alamon loin de lui laissait couler sa vieDans l’insipidité de ses molles langueurs.
Des sots Bénéventins quelquefois les clameursFrappaient pour un moment son âme appesantie.Ce bruit sourd et lointain , qu’avec peine il entendS’affaiblit dans sa course, et meurt en arrivant.
Le poids de la misère accablait la province ;
Elle était dans les pleurs, Alamon dans l’ennui :Les tyrans triomphaient. Dieu prit pitié de lui ;
Il voulut qu’il aimât, pour en faire un bon prince.