L'ÉDUCATION d’un PRINCE.
Il vit la jeune Araide ; il la vit, l’entendit ;
Il commença de vivre , et son cœur se sentit :
11 était beau, bien fait, et dans l’âge de plaire.
Son confesseur madré découvrit le mystère :
Il en fit un scrupule à son sot pénitent,
D’autant plus timoré qu’il était ignorant ;
Et les deux scélérats, qui tremblaient que leur maîtreNe se connût un jour, et vînt à les connaître,
Envoyèrent Amide avec le pauvre Émon.
Elle fit son paquet, et le trempa de larmes.
On n’osait résister. Le timide Alamon,
Vainement attendri, s’arrachait à ses charmes ;
Car son esprit flottant, d’un vain remords touché ,Commençant à s’ouvrir, n’était point débouché.
Comme elle allait partir, on entend : « Bas les armes,A la fuite, à la mort, combattons, tout périt,
Alla , san Germano, Mahomet, Jésus-Christ ! »
On voit un peuple entier fuyant de place en place.
Un guerrier en turban , plein de force et d’audace,
Suivi de musulmans, le cimeterre en main,
Sur des morts entassés se frayant un chemin,
Portant dans le palais le fer avec les flammes,
Égorgeait les maris, mettait à parties femmes.
Cet homme avait marché de Cume à Bénévent,
Sans que le ministère en eût le moindre vent ;
La mort le devançait, et dans Rome la sainteSaint Pierre avec "saint Paul étaient transis de crainte.C’était, mes chers amis, le superbe Abdala,
Pour corriger l’Église envoyé par Alla.
Dès qu’il fut au palais, tout fut mis dans les chaînes,Prince, moines, valets, ministres, capitaines.
Tels que les fils d’Io, l’un à l’autre attachés,
Sont portés dans un char aux plus voisins marchés :
Tels étaient monseigneur et ses référendaires,
Énchaînés par les pieds avec le confesseur,