l’éducation d’un pkince.
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L’eunuque à son discours ne pouvait rien comprendre.Dans un autre langage Amide réponditD’un coup d’œil douloureux, d’un regard noble et tendre,Qui pénétrait à l’âme, et ce regard lui dit :
« Consolez-vous, vivez, songez à me défendre;Vengez-moi, vengez-vous : votre nouvel emploiNe vous rend à mes yeux que plus digne de moi. »Alamon l’entendit, et reprit l’espérance.
Amide comparut devant son excellence :
Le corsaire jura que jusques à ce jourIl avait en effet connu la jouissance,
Mais qu’en voyant Amide il connaissait l’amour.
Pour lui plaire encor plus elle fit résistance ;
Et ces refus adroits, annonçant les plaisirs,
En les fesant attendre irritaient ses désirs.
Les femmes ont toujours des prétextes honnêtes :
» Je suis, lui dit Amide, au rang de vos conquêtes ;
Vous êtes invincible en amour, aux combats,
Et tout est à vos pieds, ou veut être en vos bras ;
Mais souffrez que trois jours mon bonheur se diffère,
Et, pour me consoler de ces tristes délaisA mon timide amour accordez deux bienfaits. »
« Qu’ordonnez-vous? parlez, répondit le corsaire ;
Il n’est rien que mon cœur refuse a vos attraits. »
« Des faveurs que j’attends, dit-elle, la premièreEst de faire donner deux cents coups d étrivièreA trois Bénéventins que j’ai mandés exprès ;
La seconde, seigneur, est d’avoir deux mulets.
Pour m’aller quelquefois promener en litière,
Avec un muletier qui soit selon mon choix. »
Abdala répliqua : « Vos désirs sont mes lois. »
Ainsi dit, ainsi fait. Le très-indigne prêtre,
Et les deux conseillers, corrupteurs de leur maître,Eurent chacun leur dose, au grand contentementDe tous les prisonniers et de tout Bénévent;
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