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gertrude, ou l’éducation d'une fille.
Les lâches sont cruels : le moine conseillaDe faire au pied des murs empaler Abdala.
« Misérables! c’est vous qui méritez de l’être,
Dit le prince éclairé, prenant un ton de maître :
Dans un lâche repos vous m’aviez corrompu.
Je dois tout à ce Turc, et tout à ma maîtresse.
Vous m’aviez fait dévot, vous trompiez ma jeunesse :Le malheur et l’amour me rendent ma vertu.
Allez, brave Abdala ; je dois vous rendre grâceD’avoir développé mon esprit et mon cœur.
C’est à vous que je dois mon repos, mon bonheur.
De leçons désormais il faut que je me passe ;
Je vous suis obligé; mais n’y revenez pas.
Soyez libre, partez ; et si les destinéesVous donnent trois fripons pour régir vos états,Envoyez-moi chercher ; j’irai, n’en doutez pas,
Vous rendre les leçons que vous m’avez données. »
GERTRUDE,
ou
L’ÉDUCATION D’UNE FILLE.
Mes amis, l’hiver dure, et ma plus douce étudeEst de vous raconter les faits des temps passés.Parlons ce soir un peu de madame Gertrude.
Je n’ai jamais connu de plus aimable prude.
Par trente-six printemps, sur sa tête amassés,
Ses modestes appas n’étaient point effacés;
Son maintien était sage, et n’avait rien de rude ;
Ses yeux étaient charmants, mais ils étaient baissés.Sur sa gorge d’albâtre une gaze étendueAvec un art discret en permettait la vue.L’industrieux pinceau, d’un carmin délicat,