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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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GERTRU1ÏE ,

D’un visage arrondi relevant l’incarnat,

Embellissait ses traits sans outrer la nature ;

Moins elle avait d’apprêt, plus elle avait d’éclat :

La simple propreté composait sa parure.

Toujours sur sa toilette est la sainte Écriture ;Auprès d’un pot de rouge on voit un Massillon,

Et le Petit Carême est surtout sa lecture.

Mais ce qui nous charmait dans sa dévotion,

C’est qu’elle était toujours aux femmes indulgente :Gertrude était dévote, et non pas médisante.

Elle avait une fdle ; un dix avec un septComposait l’âge heureux de ce divin objet,

Qui depuis son baptême eut le nom d’Isabelle.

Plus fraîche que sa mère, elle était aussi belle :

A côté de Minerve on eût cru voir Vénus.

Gertrude à l’élever prit des soins assidus.

Elle avait dérobé cette rose naissanteAu souffle empoisonné d’un monde dangereux ;

Les conversations, les spectacles, les jeux,

Ennemis séduisants de toute âme innocente,

Vrais pièges du démon, par les saints abhorrés,Étaient dans la maison des plaisirs ignorés.

Gertrude en son logis avait un oratoire,

Un boudoir de dévote, où, pour se recueillir,

Elle allait saintement occuper son loisir,

Et fesait l’oraison qu’on dit jaculatoire.

Des meubles recherchés, commodes, précieux,Ornaient cette retraite, au public inconnue ;

Un escalier secret, loin des. profanes yeux,Conduisait au jardin, du jardin dans la rue.

Vous savez qu’en été les ardeurs du soleilRendent souvent les nuits aux beaux jours préférablesLa lune fait aimer ses rayons favorables :

Les filles en ce temps goûtent peu le sommeil.