ou l’éducation d’une fille.
Isabelle, inquiète, en secret agitée,
Et de ses dix-sept ans doucement tourmentée ,
Respirait dans la nuit sous un ombrage frais,
En ignorait l’usage, et s’étendait auprès ;
Sans savoir l’admirer regardait la nature ;
Puis se levait, allait, marchait à l’aventure,
Sans dessein, sans objet qui pût l’intéresser ;
Ne pensant point encore, et cherchant à penser.
Elle entendit du bruit au boudoir de sa mère :
La curiosité l’aiguillonne à l’instant.
Elle ne soupçonnait nulle ombre de mystère;Cependant elle hésite, elle approche en tremblant,Posant sur l’escalier une jambe en avant,
Etendant une main, portant l’autre en arrière,
Le cou tendu, l’œil fixe, et le cœur palpitant,
D’une oreille attentive avec peine écoutant.
D’abord elle entendit un tendre et doux murmure,
Des mots entrecoupés, des soupirs languissants.
« Ma mère a du chagrin, dit-elle entre ses dents,
Et je dois partager les peines qu’elle endure. »
Elle approche : elle entend ces mots pleins de douceur« André, mon cher André, vous faites mon bonheur !Isabelle à ces mots pleinement se rassure.
« Ma tendresse, dit-elle, a pris trop de souci ;
Ma mère est fort contente, et je dois l’être aussi. »Isabelle, à la fin, dans son lit se retire,
Ne peut fermer les yeux, se tourmente et soupire.
« André fait des heureux ! et de quelle façon ?
Que ce talent est beau ! mais comment s’y prend-on? »Elle revit le jour avec inquiétude.
Son trouble fut d’abord aperçu par Gertrude.
Isabelle était simple, et sa naivetéLaissa parler enfin sa curiosité.
« Quel est donc cet André, lui dit-elle, madame,Qui fait, à ce qu’on dit, le bonheur d’une femme? »