22 GF.RTBUDE, OU L’ÉDUCATION D’UNE FILLE.
Gertrude fut confuse ; elle s’aperçut bienQu’elle était découverte, et n’eu témoigna rien.
Elle se composa, puis répondit : « Ma fille ,
Il faut avoir un saint pour toute une famille ;
Et depuis quelque temps, j’ai choisi saint André.
Je lui suis très-dévote, il m’en sait fort bon gré ;
Je l’invoque en secret, j’implore ses lumières ;
Il m’apparaît souvent, la nuit, dans mes prières :
C’est un des plus grands saints qui soient en paradis. »
A quelque temps de là, certain monsieur Denis,Jeune homme bien tourné, fut épris d’Isabelle.
Tout conspirait pour lui : Denis fut aimé d’elle,
Et plus d’un rendez-vous confirma leur amour.Gertrude en sentinelle entendit à son tourLes belles oraisons, les antiennes charmantes,Qu’Isabelle entonnait quand ses mains caressantesPressaient son tendre amant de plaisir enivré.
Gertrude les surprit, et se mit en colère.
La fille répondit : « Pardonnez-moi, ma mère,
J’ai choisi saint Denis, comme vous saint André. »
Gertrude, dès ce jour, plus sage et plus heureuse,Conservant son amant, et renonçant aux saints,
Quitta le vain projet de tromper les humains.
On ne les trompe point : la malice envieusePorte sur votre masque un coup d’oeil pénétrant ;
On vous devine mieux que vous ne savez feindre ;
Et le stérile honneur de toujours vous contraindreNe vaut pas le plaisir de vivre librement.
La charmante Isabelle, au monde présentée,
Se forma, s’embellit, fut en tous lieux goûtée.
Gertrude en sa maison rappela pour toujoursLes doux Amusements, compagnons des Amours ;
Les plus honnêtes gens y passèrent leur vie :
Il n'est jamais de mal en bonne compagnie.