LES TROIS MANIÈRES.
Quelque beauté vient à changer d’amant,
C’est un grand mal ; mais faut-il qu’on la noie ?
Tendre Vénus , vous qui fîtes ma joieEt mon malheur ; vous qu’avec tant de soinJ’avais servie avec le beau Bathyle,
D’un cœur si droit, d’un esprit si docile,
Vous le savez, je vous prends à témoinComme j’aimais, et si j’avais besoinQue mon amour fût nourri par la crainte.
Des plus beaux nœuds la pure et douce étreinteFesait un cœur de nos cœurs amoureux.
Bathyle et moi nous respirions ces feuxDont autrefois a brûlé la déesse.
L’astre des cieux, en commençant son cours,
En l’achevant, contemplait nos amours ;
La nuit savait quelle était ma tendresse.
Arénorax, homme indigne d’aimer,
Au regard sombre, au front triste, au cœur traître,D’amour pour moi parut s’envenimer,
Non s’attendrir : il le fit bien connaître.
Né pour haïr, il ne fut que jaloux.
Il distilla les poisons de l’envie,
Il fit parler la noire calomnie.
O délateurs ! monstres de ma patrie,
Nés de l’enfer, hélas ! rentrez-y tous.
L’art contre moi mit tant de vraisemblance,
Que mon amant put même s’y tromper ;
Et l’imposture accabla l’innocence.
Dispensez-moi de vous développerLe noir tissu de sa trame secrète ;
Mon tendre cœur ne peut s’en occuper,
Il est trop plein de l’amant qu’il regrette.
A la déesse en vain j’eus mon recours,
Tout me trahit; je me vis condamnéeA terminer mes maux et mes beaux jours