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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LES TROIS MANIÈRES.

Dans cette mer Vénus était née.

On me menait au lieu de mon trépas :

Un peuple entier mouillait de pleurs mes pas,Et me plaignait dune plainte inutile,

Quand je reçus un billet de Bathyle ;

Fatal écrit qui changeait tout mon sort !

Trop cher écrit, plus cruel que la mort!

Je crus tomber dans la nuit éternelleQuand je louvris, quand japerçus ces mots :» Je meurs pour vous, fussiez-vous infidèle. »Cen était fait : mon amant dans les flotsSétait jeté pour me sauver la vie.

On ladmirait en poussant des sanglots.

Je timplorais , ô mort, ma seule envie,

Mon seul devoir! on eut la cruautéDe marrêter lorsque jallais le suivre ;

On mobserva : jeus le malheur de vivre.

De limposteur la sombre iniquitéFut mise au jour, et trop tard découverte ;

Du talion il a subi la loi :

Son châtiment répare-t-il ma perte ?

Le beau Bathyle est mort, et cest pour moi !

Je viens à vous, ô juges favorables !

Que mes soupirs, que mes funèbres soins,Touchent vos cœurs ; que jobtienne du moinsUn appareil à des maux incurables.

A mon amant dans la nuit du trépasDonnez le prix que ce trépas mérite ;

Quil se console aux rives du Cocyte,

Quand sa moitié ne se console pas ;

Que cette main qui tremble et qui succombe,Par vos bontés encor se ranimant,

Puisse à vos yeux écrire sur sa tombe :

« Athène et moi couronnons mon amant. »Disant ces mots, ses sanglots larrêtèrent ;Elle se tut, mais ses larmes parlèrent.