LES TROIS MANIÈRES.
Dans cette mer où Vénus était née.
On me menait au lieu de mon trépas :
Un peuple entier mouillait de pleurs mes pas,Et me plaignait d’une plainte inutile,
Quand je reçus un billet de Bathyle ;
Fatal écrit qui changeait tout mon sort !
Trop cher écrit, plus cruel que la mort!
Je crus tomber dans la nuit éternelleQuand je l’ouvris, quand j’aperçus ces mots :» Je meurs pour vous, fussiez-vous infidèle. »C’en était fait : mon amant dans les flotsS’était jeté pour me sauver la vie.
On l’admirait en poussant des sanglots.
Je t’implorais , ô mort, ma seule envie,
Mon seul devoir! on eut la cruautéDe m’arrêter lorsque j’allais le suivre ;
On m’observa : j’eus le malheur de vivre.
De l’imposteur la sombre iniquitéFut mise au jour, et trop tard découverte ;
Du talion il a subi la loi :
Son châtiment répare-t-il ma perte ?
Le beau Bathyle est mort, et c’est pour moi !
Je viens à vous, ô juges favorables !
Que mes soupirs, que mes funèbres soins,Touchent vos cœurs ; que j’obtienne du moinsUn appareil à des maux incurables.
A mon amant dans la nuit du trépasDonnez le prix que ce trépas mérite ;
Qu’il se console aux rives du Cocyte,
Quand sa moitié ne se console pas ;
Que cette main qui tremble et qui succombe,Par vos bontés encor se ranimant,
Puisse à vos yeux écrire sur sa tombe :
« Athène et moi couronnons mon amant. »Disant ces mots, ses sanglots l’arrêtèrent ;Elle se tut, mais ses larmes parlèrent.