THÉLÈME
Et la laissa désespérée.
Elle courut étourdiment '
Chercher de contrée en contréeSon infidèle et cher amant,
N’en pouvant vivre séparée.
Elle va d’abord à la cour :
« Auriez-vous vu mon cher amour ?N’avez-vous point chez vous Macare? »Tous les railleurs de ce séjourSourirent à ce nom bizarre :
« Comment ce Macare est-il fait?
Où l’avez-vous perdu, ma bonne?Faites-nous un peu son portrait. »
« Ce Macare qui m’abandonne,Dit-elle, est un homme parfait,
Qui n’a jamais haï personne,
Qui de personne n’est haï,
Qui de bon sens toujours raisonne,
Et qui n’eut jamais de souci ;
A tout le monde il a su plaire. »
On lui dit : « Ce n’est pas iciQue vous trouverez votre affaire,
Et les gens de ce caractèreNe vont pas dans ce pays-ci. »
Thélème marcha vers la ville.D’abord elle trouve un couvent,
Et pense dans ce lieu tranquilleRencontrer son tranquille amant.
Le sous-prieur lui dit : « Madame,Nous avons longtemps attenduCe bel objet de votre flamme,
Et nous ne l’avons jamais vu.
Mais nous avons en récompenseDes vigiles, du temps perdu,
Et la discorde, et l’abstinence. »