LA BÉGUEULE.
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On recevra sa petite personne
Comme on pourra. J’ai du lard et des œufs.
Toute Française, à ce que j’imagine,
Sait, bien ou mal, faire un peu de cuisine.
Je n’ai qu’un lit ; c’est assez pour nous deux. »
Disant ces mots, le rustre vigoureuxD’un gros baiser sur sa bouche ébahieFerme l’accès à toute repartie ;
Et par avance il veut être payéDu nouveau gîte à la belle octroyé.
« Hélas ! hélas ! dit la dame affligée,
Il faudra donc qu’ici je sois mangéeD’un charbonnier ou de la dent des loups !
Le désespoir, la honte, le courroux,
L’ont suffoquée : elle est évanouie.
Notre galant la rendait à la vie.
La fée arrive, et peut-être un peu tard.
Présente à tout, elle était à l’écart.
« Vous voyez bien, dit-elle à sa filleule,
Que vous étiez une franche bégueule.
Ma chère enfant, rien n’est plus périlleuxQue de quitter le bien pour être mieux. »
La leçon faite, on reconduit ma belleDans son logis. Tout y changea pour elleEn peu de temps, sitôt qu’elle changea.
Pour son profit elle se corrigea.
Sans avoir lu les beaux moyens de plaireDu sieur Monerif 1 , et sans livre, elle plut.
Que fallait-il à son cœur?... qu’il voulût.
Elle fut douce, attentive, polie,
Vive et prudente ; et prit même en secretPour charbonnier un jeune amant discret,
Et fut alors une femme accomplie.
* Monerif a fait un livre intitulé Essais sur la nécessité et les moyensde plaire , 1738 , in-12. Note de M.Beuohot.
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