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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LA BÉGUEULE.

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On recevra sa petite personne

Comme on pourra. Jai du lard et des œufs.

Toute Française, à ce que jimagine,

Sait, bien ou mal, faire un peu de cuisine.

Je nai quun lit ; cest assez pour nous deux. »

Disant ces mots, le rustre vigoureuxDun gros baiser sur sa bouche ébahieFerme laccès à toute repartie ;

Et par avance il veut être payéDu nouveau gîte à la belle octroyé.

« Hélas ! hélas ! dit la dame affligée,

Il faudra donc quici je sois mangéeDun charbonnier ou de la dent des loups !

Le désespoir, la honte, le courroux,

Lont suffoquée : elle est évanouie.

Notre galant la rendait à la vie.

La fée arrive, et peut-être un peu tard.

Présente à tout, elle était à lécart.

« Vous voyez bien, dit-elle à sa filleule,

Que vous étiez une franche bégueule.

Ma chère enfant, rien nest plus périlleuxQue de quitter le bien pour être mieux. »

La leçon faite, on reconduit ma belleDans son logis. Tout y changea pour elleEn peu de temps, sitôt quelle changea.

Pour son profit elle se corrigea.

Sans avoir lu les beaux moyens de plaireDu sieur Monerif 1 , et sans livre, elle plut.

Que fallait-il à son cœur?... quil voulût.

Elle fut douce, attentive, polie,

Vive et prudente ; et prit même en secretPour charbonnier un jeune amant discret,

Et fut alors une femme accomplie.

* Monerif a fait un livre intitulé Essais sur la nécessité et les moyensde plaire , 1738 , in-12. Note de M.Beuohot.

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