DÉFENSE DU MONDAIN
ou
L’APOLOGIE Dlî LUXE.
1737 .
A table hier, par un triste hasard,
J’étais assis près d’un maître cafard,
Lequel me dit : « Vous avez bien la mineD’aller un jour échauffer la cuisineDe Lucifer ; et moi, prédestiné,
Je rirai bien quand vous serez damné. »
« Damné! comment? pourquoi? » « Pour vos folies.Vous avez dit en vos oeuvres non pies,
Dans certain conte en rimes barbouillé,
Qu’au paradis Adam était mouilléLorsqu’il pleuvait sur notre premier père;
Qu’Ève avec lui buvait de belle eau claire;
Qu’ils avaient même, avant d’être déchus,
La peau tannée et les ongles crochus.
Vous avancez, dans votre folle ivresse,
Prêchant le luxe, et vantant la mollesse,
Qu’il vaut bien mieux (ô blasphèmes maudits !)Vivre à présent qu’avoir vécu jadis.
Par quoi, mon fils, votre muse pollueSera rôtie, et c’est chose conclue. »
Disant ces mots, son gosier altéréHumait un vin qui, d’ambre coloré,
Sentait encor la grappe parfuméeDont fut pour nous la liqueur exprimée.
Un rouge vif enluminait son teint.
Lors je lui dis : « Pour Dieu, monsieur le saint,Quel est ce vin? d’où vient-il, je vous prie?
D’où l’avez-vous ?» « Il vient de Canarie ;
C’est un nectar, un breuvage d’élu :