DÉFENSE DU MONDAIN.
Dieu nous le donne, et Dieu veut qu’il soit bu.« Et ce café, dont après cinq servicesVotre estomac goûte encor les délices? »
« Par le Seigneur il me fut destiné. »
« Bon! mais avant que Dieu vous l’ait donné,Ne faut-il pas que l’humaine industrieL’aille ravir aux champs de l’Arabie?
La porcelaine et la frêle beautéDe cet émail à la Chine empâté,
Par mille mains fut pour vous préparée,
Cuite, recuite, et peinte, et diaprée ;
Cet argent fin, ciselé, godronné,
En plat, en vase, en soucoupe tourné,
Fut arraché de la terre profonde,
Dans le Potose, au sein d’un nouveau monde.Tout l’univers a travaillé pour vous,
Afin qu’en paix, dans votre heureux courrouxVous insultiez, pieux atrabilaire,
Au monde entier, épuisé pour vous plaire.
' « O faux dévot, véritable mondain,Connaissez-vous ; et, dans votre prochain,
Ne blâmez plus ce que votre indolenceSouffre chez vous avec tant d’indulgence.Sachez surtout que le luxe enrichitUn grand état, s’il en perd un petit.
Cette splendeur, cette pompe mondaine,
D’un règne heureux est la marque certaine.
Le riche est né pour beaucoup dépenser,
Le pauvre est fait pour beaucoup amasser.Dans ces jardins regardez ces cascades,L’étonnement et l’amour des naïades ;
Voyez ces flots, dont les nappes d’argentVont inonder ce marbre blanchissant ;
Les humbles prés s’abreuvent de cette ondeLa terre en est plus belle et plus féconde.