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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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DÉFENSE DU MONDAIN.

Dieu nous le donne, et Dieu veut quil soit bu.« Et ce café, dont après cinq servicesVotre estomac goûte encor les délices? »

« Par le Seigneur il me fut destiné. »

« Bon! mais avant que Dieu vous lait donné,Ne faut-il pas que lhumaine industrieLaille ravir aux champs de lArabie?

La porcelaine et la frêle beautéDe cet émail à la Chine empâté,

Par mille mains fut pour vous préparée,

Cuite, recuite, et peinte, et diaprée ;

Cet argent fin, ciselé, godronné,

En plat, en vase, en soucoupe tourné,

Fut arraché de la terre profonde,

Dans le Potose, au sein dun nouveau monde.Tout lunivers a travaillé pour vous,

Afin quen paix, dans votre heureux courrouxVous insultiez, pieux atrabilaire,

Au monde entier, épuisé pour vous plaire.

' « O faux dévot, véritable mondain,Connaissez-vous ; et, dans votre prochain,

Ne blâmez plus ce que votre indolenceSouffre chez vous avec tant dindulgence.Sachez surtout que le luxe enrichitUn grand état, sil en perd un petit.

Cette splendeur, cette pompe mondaine,

Dun règne heureux est la marque certaine.

Le riche est pour beaucoup dépenser,

Le pauvre est fait pour beaucoup amasser.Dans ces jardins regardez ces cascades,Létonnement et lamour des naïades ;

Voyez ces flots, dont les nappes dargentVont inonder ce marbre blanchissant ;

Les humbles prés sabreuvent de cette ondeLa terre en est plus belle et plus féconde.