LE PAUVRE DIABLE".
Quel parti prendre? où suis-je, et qui dois-je être?Né dépourvu, dans la foule jeté,
Germe naissant par le vent emporté,
Sur quel terrain puis-je espérer de craître?Comment trouver un état, un emploi ?
Sur mon destin, de grâce, instruisez-moi.
— Il faut s’instruire et se sonder soi-même,S’interroger, ne rien croire que soi,
Que son instinct ; bien savoir ce qu’on aime ;
Et, sans chercher des conseils superflus,
Prendre l’état qui vous plaira le plus.
— J’aurais aimé le métier de la guerre.
— Qui vous retient? allez; déjà l’hiverA disparu ; déjà gronde dans l’airL’airain bruyant, ce rival du tonnerre :
Du duc Broglie osez suivre les pas :
Sage en projets, et vif dans les combats,
Il a transmis sa valeur aux soldats ;
Il va venger les malheurs de la France :
Sous ses drapeaux marchez dès aujourd’hui,
Et méritez d’être aperçu de lui.
— Il n’est plus temps, j’ai d’une lieutenanceTrop vainement demandé la faveur,
Mille rivaux briguaient la préférence :
C’est une presse! En vain Mars en fureurDe la patrie a moissonné la fleur,
Plus on en tue, et plus il s’en présente ;
Ils vont trottant des bords de la Charente,
De ceux du Lot, des coteaux champenois,
Et de Provence, et des monts francs-comtois ,
En botte, en guêtre, et surtout en guenille,