LE PAUVRE DIABLE.
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Tous assiégeant la porte de Cremille b ,
Pour obtenir des maîtres de leur sortUn beau brevet qui les mène à la mort.
Parmi les flots de la foule empressée,
J’allai montrer ma mine embarrassée ;
Mais un commis, me prenant pour un sot,
Me rit au nez, sans me répondre un mot,
Et je voulus, après cette aventure,
Me retourner vers la magistrature.
— Eh bien, la robe est un métier prudent ;
Et cet air gauche et ce front de pédantPourront encor passer dans les enquêtes :
Vous verrez là de merveilleuses têtes !
Vite achetez un emploi de Caton,
Allez juger : êtes-vous riche? — Non,
Je n’ai plus rien, c’en est fait. — Vil atome !Quoi ! point d’argent, et de l’ambition!
Pauvre impudent! apprends qu’en ce royaumeTous les honneurs sont fondés sur le bien.L’antiquité tenait pour axiomeQue rien n’est rien, que de rien ne vient rien.Du genre humain connais quelle est la trempe;Avec de l’or je te fais président,
Fermier du roi, conseiller, intendant :
Tu n’as point d’aile, et tu veux voler! rampe.
— Hélas, monsieur, déjà je rampe assez.
Ce fol espoir qu’un moment a fait naître,
Ces vains désirs pour jamais sont passés :
Avec mon bien j’ai vu périr mon être.
Né malheureux, de la crasse tiré,
Et dans la crasse en un moment rentré,
A tous emplois on me ferme la porte.
Rebut du monde, errant, privé d’espoir,
Je me fais moine, ou gris, ou blanc, ou noir,Rasé, barbu, chaussé, déchaux, n’importe.
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