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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE PAUVRE DIABLE.

an

Tous assiégeant la porte de Cremille b ,

Pour obtenir des maîtres de leur sortUn beau brevet qui les mène à la mort.

Parmi les flots de la foule empressée,

Jallai montrer ma mine embarrassée ;

Mais un commis, me prenant pour un sot,

Me rit au nez, sans me répondre un mot,

Et je voulus, après cette aventure,

Me retourner vers la magistrature.

Eh bien, la robe est un métier prudent ;

Et cet air gauche et ce front de pédantPourront encor passer dans les enquêtes :

Vous verrez de merveilleuses têtes !

Vite achetez un emploi de Caton,

Allez juger : êtes-vous riche? Non,

Je nai plus rien, cen est fait. Vil atome !Quoi ! point dargent, et de lambition!

Pauvre impudent! apprends quen ce royaumeTous les honneurs sont fondés sur le bien.Lantiquité tenait pour axiomeQue rien nest rien, que de rien ne vient rien.Du genre humain connais quelle est la trempe;Avec de lor je te fais président,

Fermier du roi, conseiller, intendant :

Tu nas point daile, et tu veux voler! rampe.

Hélas, monsieur, déjà je rampe assez.

Ce fol espoir quun moment a fait naître,

Ces vains désirs pour jamais sont passés :

Avec mon bien jai vu périr mon être.

malheureux, de la crasse tiré,

Et dans la crasse en un moment rentré,

A tous emplois on me ferme la porte.

Rebut du monde, errant, privé despoir,

Je me fais moine, ou gris, ou blanc, ou noir,Rasé, barbu, chaussé, déchaux, nimporte.

s.