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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE PAUVRE DIABLE.

De mes erreurs déchirant le bandeau,

Jabjure tout ; un cloître est mon tombeau,

Jy vais descendre; oui, jy cours. Imbécile,Va donc pourrir au tombeau des vivants.

Tu crois trouver le repos ; mais apprendsQue des soucis cest léternel asile ;

Que les ennuis en font leur domicile ;

Que la discorde y nourrit ses serpents ;

Que ce nest plus ce ridicule temps le capuce et la toque à trois cornes,

Le scapulaire et limpudent cordon,

Ont extorqué des hommages sans bornes.

Du vil berceau de son illusion,

La France arrive à lâge de raison ;

Et les enfants de François et dIgnace,

Bien reconnus, sont remis à leur place.

Nous fesons cas dun cheval vigoureuxQui, déployant quatre jarrets nerveux,

Frappe la terre, et bondit sous son maître :Jaime un gros bœuf, dont le pas lent et lourd,En sillonnant un arpent dans un jour,

Forme un guéret mes épis vont naître.

Lâne me plaît : son dos porte au marchéLes fruits du champ que le rustre a bêché ;

Mais pour le singe, animal inutile,

Malin, gourmand, saltimbanque indocile,

Qui gâte tout et vit à nos dépens,

On labandonne aux laquais fainéants.

Le fier guerrier, dans la Saxe, en Thuringe,Cest le cheval ; un Pequet, un Pleneuf c ,

Un trafiquant, un commis, est le bœuf;

Le peuple est lâne, et le moine est le singe.

Sil est ainsi, je me décloître. O ciel !Faut-il rentrer dans mon état cruel !

Faut-il me rendre à ma première vie !