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LE PAUVRE DIABLE.
De mes erreurs déchirant le bandeau,
J’abjure tout ; un cloître est mon tombeau,
J’y vais descendre; oui, j’y cours. — Imbécile,Va donc pourrir au tombeau des vivants.
Tu crois trouver le repos ; mais apprendsQue des soucis c’est l’éternel asile ;
Que les ennuis en font leur domicile ;
Que la discorde y nourrit ses serpents ;
Que ce n’est plus ce ridicule tempsOù le capuce et la toque à trois cornes,
Le scapulaire et l’impudent cordon,
Ont extorqué des hommages sans bornes.
Du vil berceau de son illusion,
La France arrive à l’âge de raison ;
Et les enfants de François et d’Ignace,
Bien reconnus, sont remis à leur place.
Nous fesons cas d’un cheval vigoureuxQui, déployant quatre jarrets nerveux,
Frappe la terre, et bondit sous son maître :J’aime un gros bœuf, dont le pas lent et lourd,En sillonnant un arpent dans un jour,
Forme un guéret où mes épis vont naître.
L’âne me plaît : son dos porte au marchéLes fruits du champ que le rustre a bêché ;
Mais pour le singe, animal inutile,
Malin, gourmand, saltimbanque indocile,
Qui gâte tout et vit à nos dépens,
On l’abandonne aux laquais fainéants.
Le fier guerrier, dans la Saxe, en Thuringe,C’est le cheval ; un Pequet, un Pleneuf c ,
Un trafiquant, un commis, est le bœuf;
Le peuple est l’âne, et le moine est le singe.
— S’il est ainsi, je me décloître. O ciel !Faut-il rentrer dans mon état cruel !
Faut-il me rendre à ma première vie !