LE PAUVRE DIABLE.
— Quelle était donc cette vie ? — Un enfer,Un piège affreux, tendu par Lucifer.
J’étais sans bien, sans métier, sans génie,
Et j’avais lu quelques méchants auteurs ;
Je croyais même avoir des protecteurs.Mordu du chien de la Métromanie,
Le mal me prit, je fus auteur aussi.
— Ce métier-là ne t’a pas réussi,
Je le vois trop : çà, fais-moi, pauvre diable,De ton désastre un récit véritable :
Que fesais-tu sur le Parnasse ? — Hélas !Dans mon grenier, entre deux sales draps,Je célébrais les faveurs de Glycère,
De qui jamais n’approcha ma misère ;
Ma triste voix chantait d’un gosier secLe vin mousseux, le frontignan, le grec,Buvant de l’eau dans un vieux pot à bière ;Faute de bas, passant le jour au lit,
Sans couverture, ainsi que sans habit,
Je fredonnais des vers sur la paresse ;D’après Chaulieu, je vantais la mollesse.
Enfin un jour qu’un surtout empruntéVêtit à cru ma triste nudité,
Après midi, dans l’antre de Procope( C’était le jour que l’on donnait Mérope ),Seul en un coin, pensif, et consterné,Rimant une ode , et n’ayant point dîné,
Je m’accostai d’un homme à lourde mine,Qui sur sa plume a fondé sa cuisine,
Grand écumeur des bourbiers d’Hélicon,De Loyola chassé pour ses fredaines,Vermisseau né du cul de DesfontainesDigne en tous sens de son extraction,Lâche Zoïle, autrefois laid giton ;
Cet animal se nommait Jean Fréron d .