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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE PAUVRE DIABLE.

Quelle était donc cette vie ? Un enfer,Un piège affreux, tendu par Lucifer.

Jétais sans bien, sans métier, sans génie,

Et javais lu quelques méchants auteurs ;

Je croyais même avoir des protecteurs.Mordu du chien de la Métromanie,

Le mal me prit, je fus auteur aussi.

Ce métier- ne ta pas réussi,

Je le vois trop : çà, fais-moi, pauvre diable,De ton désastre un récit véritable :

Que fesais-tu sur le Parnasse ? Hélas !Dans mon grenier, entre deux sales draps,Je célébrais les faveurs de Glycère,

De qui jamais napprocha ma misère ;

Ma triste voix chantait dun gosier secLe vin mousseux, le frontignan, le grec,Buvant de leau dans un vieux pot à bière ;Faute de bas, passant le jour au lit,

Sans couverture, ainsi que sans habit,

Je fredonnais des vers sur la paresse ;Daprès Chaulieu, je vantais la mollesse.

Enfin un jour quun surtout empruntéVêtit à cru ma triste nudité,

Après midi, dans lantre de Procope( Cétait le jour que lon donnait Mérope ),Seul en un coin, pensif, et consterné,Rimant une ode , et nayant point dîné,

Je maccostai dun homme à lourde mine,Qui sur sa plume a fondé sa cuisine,

Grand écumeur des bourbiers dHélicon,De Loyola chassé pour ses fredaines,Vermisseau du cul de DesfontainesDigne en tous sens de son extraction,Lâche Zoïle, autrefois laid giton ;

Cet animal se nommait Jean Fréron d .