LE PAUVIIE DIABLE.
J’étais tout neuf, j’étais jeune, sincère,
Et j’ignorais son naturel félon :
Je m’engageai, sous l’espoir d’un salaire,
A travailler à son hebdomadaire,
Qu’aucuns nommaient alors patibulaire.
Il m’enseigna comment on dépeçaitUn livre entier, comme on le recousait,
Comme on jugeait du tout par la préface ,Comme on louait un sot auteur en place,
Comme on fondait avec lourde roideurSur l’écrivain pauvre et sans protecteur.
Je m’enrôlai, je servis le corsaire ;
Je critiquai, sans esprit et sans choix,Impunément le théâtre, la chaire,
Et je mentis pour dix écus par mois.
Quel fut le prix de ma plate manie ?
Je fus connu, mais par mon infamie,
Comme un gredin que la main de ThémisA diapré de nobles fleurs de lis,
Par un fer chaud gravé sur l’omoplate.
Triste et honteux, je quittai mon pirate,
Qui me vola, pour fruit de mon labeur,
Mon honoraire, en me parlant d’honneur.
M’étant ainsi sauvé de sa boutique,
Et n’étant plus compagnon satirique,
Manquant de tout, dans mon chagrin poignant,J’allai trouver le Franc de Pompignan ',
Ainsi que moi natif de Montauban,
Lequel jadis a brodé quelque phraseSur la Didon qui fut de Métastase ;
Je lui contai tous les tours du croquant :
« Mon cher pays, secourez-moi, lui dis-je ;Fréron me vole, et pauvreté m’afflige. »
« De ce bourbier vos pas seront tirés,
Dit Pompignan ; votre dur cas me touche :