LE PAUVRE DIABLE.
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Tenez, prenez nies cantiques sacrés ;
Sacrés ils sont, car personne n’y touche ;
Avec le temps un jour vous les vendrez :
Plus, acceptez mon chef-d’œuvre tragiqueDe Zoraid f ; la scène est en Afrique :
A la Clairon vous le présenterez ;
C’est un trésor : allez, et prospérez. »
Tout ranimé par son ton didactique,
Je cours en hâte au parlement comique,Bureau de vers, où maint auteur peléVend mainte scène à maint acteur sifflé.J’entre, je lis d’une voix fausse et grêleLe triste drame écrit pour la Denèle e .
Dieu paternel, quels dédains, quel accueil!
De quelle œillade altière, impérieuse,
La Dumesnil rabattit mon orgueil!
La Dengeville est plaisante et moqueuse :
Elle riait; Grand val me regardaitD’un air de prince, et Sarrazin dormait ;
Et, renvoyé penaud par la cohue,
J’allai gronder et pleurer dans la rue.
De vers, de prose, et de honte étouffe,
Je rencontrai Gresset dans un café ;
Gresset doué du double privilège hD’être au collège un bel esprit mondain,
Et dans le monde un homme de collège ;Gresset dévot ; longtemps petit badin,
Sanctifié par ses palinodies,
Il prétendait avec componctionQu’il avait fait jadis des comédies,
Dont à la Vierge ü demandait pardon.
— Gresset se trompe, il n’est pas si coupable ;Un vers heureux et d’un tour agréableNe suffit pas ; il faut uue action,
De l’intérêt, du comique, une fable,